
Par Antoine Kemonsei
Aujourd’hui en Afrique, il est parfois moins cher de voyager vers l’Europe que de relier deux capitales africaines.
Ce n’est pas une fatalité.
C’est un scandale.
Un scandale qui :
pénalise les entreprises africaines
freine le tourisme
bloque l’intégration régionale
Mais surtout, un scandale que tout le monde semble avoir accepté.
L’angle mort du débat : les professionnels du voyage
Il faut arrêter de se raconter des histoires.
Depuis des décennies, le transport aérien africain est enfermé dans le même cercle vicieux :
billets hors de prix, connexions absurdes, dépendance aux hubs étrangers, marchés fragmentés.
Et pourtant, les discours restent les mêmes.
Toujours les mêmes promesses.
Toujours les mêmes sommets.
Toujours les mêmes échecs.
La vérité est brutale : le problème n’est pas seulement technique, il est systémique.
Un scandale économique assumé
Pendant que les États investissent et que les compagnies aériennes accumulent les difficultés, un acteur clé reste ignoré :
les professionnels du voyage.
Agences, tour-opérateurs, distributeurs…
On continue de les traiter comme de simples revendeurs.
C’est une erreur grave.
Car ce sont eux qui :
créent la demande
orientent les flux
remplissent (ou vident) les avions
Sans eux, aucune politique aérienne ne tient.
Des avions vides… et des billets hors de prix
Le paradoxe africain est là :
des avions qui volent à moitié vides
des billets vendus à des prix exorbitants
Pourquoi ?
Parce que le marché n’est pas structuré.
Et qui structure un marché ?
Pas l’État. Pas les discours.
Les professionnels du voyage.
L’échec collectif : ne pas créer de demande
Le vrai problème de l’aviation africaine, ce n’est pas seulement le coût.
C’est l’absence de stratégie pour créer du trafic massif.
Sans volume :
pas de rentabilité
pas de concurrence
pas de baisse des prix
Et sans professionnels du voyage mobilisés : pas de volume.
Côte d’Ivoire : un hub en illusion ?
Abidjan ambitionne de devenir un hub régional.
Très bien.
Mais un hub sans flux, c’est un mirage.
Un hub ne se décrète pas :
il se nourrit de trafic
il se construit avec un réseau
il s’appuie sur des distributeurs puissants
Et aujourd’hui, la réalité est simple :
les professionnels du voyage ivoiriens ne sont pas suffisamment intégrés dans la stratégie aérienne nationale.
C’est une erreur stratégique majeure.
La dépendance numérique : une nouvelle forme de colonisation
Autre sujet tabou : la distribution.
Aujourd’hui, une grande partie des billets vendus en Afrique passe par des plateformes étrangères.
Conséquence :
fuite de valeur
perte de contrôle
dépendance technologique
Comment parler de souveraineté aérienne sans souveraineté commerciale ?
Les professionnels du voyage africains doivent reprendre le contrôle de la distribution.
Ce qu’il faut dire clairement
Il faut sortir de l’hypocrisie.
Le transport aérien africain ne deviendra pas compétitif :
avec plus de discours
avec plus de conférences
avec plus de plans sans exécution
Il deviendra compétitif quand :
les professionnels du voyage seront au cœur des décisions
la demande sera organisée et massifiée
le marché sera structuré de manière intelligente
L’heure du choix
Deux options s’offrent à nous :
Continuer comme avant
des billets chers
des avions à moitié vides
une dépendance extérieure
Ou changer radicalement de modèle
intégrer les professionnels du voyage comme acteurs stratégiques
construire un vrai marché intra-africain
reprendre le contrôle de la distribution
Conclusion :
Remettre les pendules à l’heure
Le transport aérien n’est pas seulement une affaire d’avions.
C’est une affaire de marché.
Et un marché ne fonctionne pas sans ceux qui organisent la demande.
Ignorer les professionnels du voyage, c’est condamner l’aviation africaine à tourner en rond.
Les intégrer pleinement, c’est ouvrir la voie à une révolution.
La question n’est plus technique.
Elle est politique.
Avons-nous le courage de changer de modèle ?
Antoine Kemonsei
akemonsei1@yahoo.fr
Expert en Développement touristique







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