
Le pays, et en particulier sa capitale économique, font face à des coupures d’électricité depuis le début de l’année. Après des tensions similaires en 2021 et 2024, cette crise rappelle les limites du modèle énergétique ivoirien. La demande en énergie progresse de 10 % à 14 % par an, principalement portée par Abidjan.
Observées depuis le début de l’année, les coupures d’électricité se multiplient dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire. « Nous vivons une crise de croissance de la consommation que les équipements actuels ne peuvent plus supporter. Les zones en extension dans le district d’Abidjan ont fait exploser la demande », résume une source à la direction de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE), filiale du groupe français Eranove en charge de la commercialisation de l’électricité dans le pays. Alors que la Côte d’Ivoire a déjà connu des délestages par le passé, notamment en 2021 et 2024, les tensions actuelles illustrent les limites du modèle énergétique du pays. Ayant fait du raccordement de la population une priorité, le gouvernement a largement investi dans le secteur. Sauf que les efforts consentis peinent à répondre à une demande qui croît à un rythme exponentiel.
« Nous sommes à la limite de nos capacités », a reconnu en début de semaine Noumory Sidibé, le directeur général de Côte d’Ivoire Énergies (CI-Énergies), l’organe public qui assure la gestion du secteur, pointant une demande record en électricité, en hausse de 14 % au mois de février, qui résulte « de pics de chaleur exceptionnels » mais aussi d’une forte augmentation du nombre d’abonnés.
Consommation en hausse de 10 % à 14 % par an
Si certains pays ont fait le choix de ne pas raccorder les nouveaux consommateurs tant que les investissements nécessaires ne sont pas réalisés, la Côte d’Ivoire a mis l’accent sur la démocratisation de l’accès à l’électricité, a-t-il expliqué. Résultat, le nombre d’abonnés est passé de 1 à 5 millions en moins de vingt ans, avec un rythme de raccordement d’environ 500 000 nouveaux clients par an.
Cette situation nourrit une demande croissante en énergie, en progression de 10 % à 14 % par an, principalement portée par Abidjan. De fait, comptant six zones industrielles, la capitale économique ivoirienne concentre la majeure partie de l’activité économique du pays. Et son attractivité redouble sous l’effet conjugué de l’essor démographique, de l’urbanisation croissante et de la réalisation d’infrastructures, dont la voie de contournement Y4 qui ceinture la ville. En réponse, les investissements dans les outils de production, de transport et de distribution d’énergie ont bien été menés. Mais ils ne suivent pas le rythme des besoins. Sur le volet production, la Côte d’Ivoire a investi plus de 15 milliards d’euros entre 2011 et 2025, faisant passer sa capacité de 1 391 à 3 200 mégawatts, un chiffre certes en progression mais inférieur aux 4 000 mégawatts visés. Même constat sur le plan de la distribution et du transport, malgré l’investissement dans plus de 7 700 kilomètres de lignes haute et basse tension ainsi que dans 67 000 kilomètres de réseau.
Un ministère dédié ?
« En 2021, on avait été confronté à des rationnements. Deux années plus tard, on avait assisté à une crise des prix. Aujourd’hui, on fait face à une crise de la capacité, du transport et de la distribution », confie un connaisseur du secteur. « Notre modèle montre ses limites de façon cyclique. Il serait peut-être temps de mettre en place un ministère dédié à l’énergie », reprend-il.
Aujourd’hui, le secteur est intégré au portefeuille des Mines et du Pétrole dirigé par Mamadou Sangafowa Coulibaly. À ces difficultés s’ajoute un autre constat : la trop lente diversification du mix énergétique du pays. En dépit des ambitions affichées, le parc ivoirien demeure largement dépendant des centrales thermiques et des unités hydrauliques, les énergies renouvelables ne représentant que 10 % du mix, loin de l’objectif de 45 % fixé
Conscientes du problème, les autorités, qui rappellent que le temps moyen de coupure est passé de quarante-sept heures en 2011 à dix-huit heures en 2025, n’ont pas tardé à réagir. En début de semaine, le DG de CI-Énergies a annoncé un plan d’urgence de 700 milliards de francs CFA « pour renforcer la production et la qualité de la distribution avec des travaux d’envergure à Abidjan et à l’intérieur du pays ». Des interventions sur certains sites sous pression doivent démarrer dès avril afin de résoudre la crise et d’éviter qu’elle ait un impact sur la croissance. À plus long terme, les autorités, qui assurent que la Côte d’Ivoire tiendra par ailleurs ses engagements de fourniture électrique auprès de ses voisins, dont le Mali, le Burkina Faso, le Liberia, la Guinée et le Togo, prévoient de multiplier les projets de production, de transport et de distribution via la mobilisation de 15 milliards d’euros d’ici à 2040.
Source : JA
Nb : les titres sont de la rédaction





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