Frontex/Migrants en Méditerranée: Fabrice Leggeri visé par une enquête pour complicité de crimes contre l’humanité

La justice française s’apprête à franchir un cap inédit dans le traitement des drames migratoires en Méditerranée. Un juge d’instruction va être saisi pour enquêter sur Fabrice Leggeri, ancien patron de Frontex et actuel eurodéputé du Rassemblement national, soupçonné de complicité de crimes contre l’humanité et de torture.

Cette décision fait suite à une plainte déposée en 2024 par la Ligue des droits de l’homme (LDH) et l’association Utopia 56, après plus de deux années de bataille judiciaire. Le 18 mars, la cour d’appel de Paris a estimé qu’il y avait lieu d’ouvrir une information judiciaire.

À la tête de Frontex entre 2015 et 2022, Fabrice Leggeri est accusé par plusieurs ONG d’avoir favorisé une politique migratoire restrictive, notamment en tolérant ou en facilitant des refoulements illégaux de migrants. La LDH lui reproche d’avoir encouragé des pratiques visant à empêcher, « quel qu’en soit le prix », l’entrée des migrants sur le territoire de l’Union européenne.

Selon les plaignants, les dispositifs de surveillance auraient été orientés vers la détection précoce des embarcations afin de permettre l’intervention des garde-côtes libyens, souvent accusés de graves violations des droits humains, plutôt que celle des autorités européennes.

Pour l’avocat de la LDH, Emmanuel Daoud, cette procédure marque un tournant : pour la première fois, la responsabilité pénale potentielle d’un ancien dirigeant de Frontex sera examinée dans le cadre des milliers de morts enregistrés en Méditerranée.

D’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), environ 82 000 migrants sont morts ou portés disparus depuis 2014, dont près de 34 000 en Méditerranée, devenue la route migratoire la plus meurtrière au monde. Un bilan que certaines agences de l’ONU jugent encore largement sous-estimé.

Du côté de Fabrice Leggeri, l’entourage indique ne pas avoir été informé officiellement de ces développements et n’a, pour l’heure, formulé aucun commentaire.

Cette affaire pourrait raviver les débats sur la politique migratoire européenne et la responsabilité des institutions dans la gestion des flux migratoires, à l’heure où la question reste au cœur des tensions politiques sur le continent.

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