Bruno Koné: «Transformer localement le cacao évite de brader les fèves en cas de prix défavorables»

Par Patrick N’Guessan

Moteur de l’économie ivoirienne, l’agriculture pèse près de 20 % du Pib, génère 40 % des exportations et emploie environ 40 % de la population active. Malgré cette importance stratégique, le secteur traverse une période d’incertitudes, entre volatilité des prix internationaux et effets du changement climatique. Nommé en janvier 2026, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, entend consolider les acquis tout en accélérant les réformes.

Face à la crise du cacao, la Côte d’Ivoire a ajusté le prix d’achat des fèves afin de soutenir les producteurs et relancer les ventes. En parallèle, le pays renforce sa stratégie de transformation locale, avec 40 % de la production déjà traitée sur place et un objectif de 50 % à court terme, dans les deux ans. « Transformer localement évite de brader les fèves en cas de prix défavorables. C’est surtout la clé pour créer de la valeur ajoutée sur place », explique le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières dans un entretien accordé à Jeune Afrique.

L’un des principaux freins reste l’accès aux financements. « Seuls 6 % des financements octroyés aux entreprises en Côte d’Ivoire vont à l’agriculture », souligne Bruno Nabagné Koné (Jeune Afrique, février 2026). Pour corriger cette faiblesse, le gouvernement mise sur l’assurance agricole, une meilleure identification des producteurs et un rapprochement avec les institutions financières.

Riz : l’urgence de la souveraineté alimentaire

La dépendance aux importations de riz demeure préoccupante. Avec une production nationale estimée à 1,5 million de tonnes contre près de 3 millions de tonnes de consommation, le pays consacre plus d’un milliard d’euros par an à l’achat de riz à l’étranger. Pour inverser la tendance, les autorités comptent investir dans l’irrigation et améliorer la productivité. L’option d’une limitation des importations reste à l’étude, sans décision officielle pour l’instant.

« Nous allons prendre ce sujet à bras le corps. C’est indispensable pour conquérir notre indépendance alimentaire et pour mettre fin à une situation paradoxale : dépenser plus d’un milliard d’euros par an pour importer un aliment qu’il est possible de cultiver sur place. C’est une bataille de haute lutte qui prend la forme d’une fuite en avant, l’essor démographique nourrissant une augmentation exponentielle des besoins », promet Bruno Koné.

Au-delà du cacao, la Côte d’Ivoire renforce ses positions dans l’anacarde et l’hévéa, tout en développant de nouvelles filières telles que le soja ou le karité. L’objectif est clair : transformer localement pour capter davantage de richesse et créer des emplois durables.

Entre défis structurels et ambitions de souveraineté, l’agriculture ivoirienne amorce une transformation cruciale. Sa réussite dépendra de la capacité à mobiliser des financements, moderniser les pratiques et renforcer la compétitivité des filières sur le marché mondial.

La dépendance aux importations de riz demeure préoccupante. Avec une production nationale estimée à 1,5 million de tonnes contre près de 3 millions de tonnes de consommation, le pays consacre plus d’un milliard d’euros par an à l’achat de riz à l’étranger. Pour inverser la tendance, les autorités comptent investir dans l’irrigation et améliorer la productivité. L’option d’une limitation des importations reste à l’étude, sans décision officielle pour l’instant.

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