Trois semaines après le déclenchement de l’opération « Fureur épique », menée par Israël et les États-Unis contre l’Iran, une inquiétude grandissante se fait jour : celle d’une guerre d’usure qui ne se joue pas seulement sur le terrain militaire, mais aussi dans les arsenaux.
Face aux frappes répétées de Téhéran, les systèmes de défense antimissile sont sollicités à un rythme inédit. Selon des estimations, plus de 1 100 frappes iraniennes ont visé des cibles en Israël et dans les pays du Golfe, notamment au Bahreïn, au Qatar, au Koweït et aux Émirats arabes unis. Si une grande partie de ces attaques a été interceptée, cette efficacité a un coût : chaque interception nécessite l’utilisation de missiles sophistiqués, souvent en double tir, dont les stocks sont limités et les prix très élevés.
Cette situation donne naissance à ce que les experts qualifient désormais de « guerre des stocks ». Autrement dit, une confrontation où la capacité à durer dépend moins de la puissance de feu immédiate que de la profondeur des réserves militaires et industrielles. À mesure que le conflit s’installe, la pression sur les arsenaux occidentaux devient de plus en plus critique, notamment pour des pays comme la France, engagée par des accords de défense dans la région.
Mais les répercussions dépassent largement le cadre militaire. Sur le plan énergétique, la menace est jugée sans précédent. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitaient environ 20 millions de barils de pétrole par jour avant le conflit, est aujourd’hui au cœur des tensions. Les attaques et les perturbations ont déjà réduit significativement les flux, entraînant une perte estimée à plus de 11 millions de barils par jour.
Le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, alerte sur « la plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de toute l’histoire ». Une déclaration forte qui illustre l’ampleur de la crise actuelle. Selon lui, les perturbations en cours dépasseraient même, en volume, celles des chocs pétroliers des années 1970.
Face à cette situation, le recours aux réserves stratégiques de pétrole des pays membres de l’AIE est envisagé afin de stabiliser les marchés. Mais cette solution reste temporaire, et ne saurait compenser durablement une crise prolongée dans cette zone stratégique.
Ainsi, ce conflit révèle une nouvelle réalité des guerres modernes : au-delà des affrontements directs, ce sont les capacités logistiques, industrielles et énergétiques qui déterminent désormais l’issue des crises. Une guerre des missiles, certes, mais surtout une guerre d’endurance.







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