Lycée Moderne de Jeunes Filles de Yopougon: Le Professeur Yao-Edmond Kouassi interroge l’avenir de la démocratie en Afrique

Le 18 mars 2026, le Lycée Moderne de Jeunes Filles de Yopougon a accueilli, à l’initiative du club de philosophie présidé par M. Gueu Charles, une conférence du Professeur Yao-Edmond Kouassi sur le thème : « La démocratie est-elle le régime politique idéal pour les États africains ? ».

Dès son intervention, le Professeur Kouassi a posé les bases d’une réflexion approfondie. Clarifiant les notions de démocratie, d’État et d’idéal, il a rappelé que la démocratie n’est pas un modèle figé mais un projet en constante évolution, oscillant entre principes universels, liberté, égalité, justice et réalités africaines souvent traversées par des tensions.

S’appuyant sur Kant, Rousseau et Habermas, il a insisté sur le rôle central du citoyen dans l’élaboration des lois. Toutefois, il a relevé les obstacles majeurs rencontrés en Afrique : crise de la représentation, méfiance envers les institutions, inégalités persistantes. Ces difficultés nourrissent des réponses alternatives coups d’État, replis communautaires, mobilisations numériques qui ne sont, selon lui, que les symptômes d’une crise profonde de légitimité.
Refusant de réduire la démocratie à un échec ou à un modèle parfait, le conférencier a plaidé pour une réinvention : un « universalisme démocratique décentré », conciliant valeurs universelles et réalités africaines. Il a proposé plusieurs conditions essentielles : replacer la loi au cœur de la vie politique, renforcer la participation citoyenne, restaurer la confiance entre gouvernants et gouvernés, et intégrer les valeurs culturelles africaines dans les pratiques démocratiques.
Au total, il a rappelé que la démocratie ne se limite pas aux institutions, elle repose avant tout sur l’engagement des citoyens, leur capacité à débattre et à défendre l’intérêt général.

Une mobilisation pédagogique et citoyenne

La conférence a été précédée d’une cérémonie d’ouverture au cours de laquelle Mme Kouassi, représentant la proviseure, a salué la pertinence du thème et encouragé les élèves, notamment celles de Terminale, à s’impliquer activement. Elle a présenté la philosophie comme une école de citoyenneté et de responsabilité.

Les élèves ont ensuite donné à l’événement une dimension vivante et participative. Une lecture philosophique consacrée à Épictète a rappelé l’exigence de cohérence entre parole et actes. Puis, des sketches pédagogiques ont illustré avec humour et esprit critique les dérives de la démocratie : manipulation électorale, corruption, promesses irréalistes, achat de conscience. Le message était clair : « Une démocratie sans citoyens responsables devient corruption et manipulation ».
Une seconde mise en scène a proposé une vision constructive, insistant sur l’adaptation de la démocratie aux réalités africaines, fondée sur le dialogue, le consensus et la responsabilité collective. Les élèves ont conclu : « Le futur de la démocratie dépend aussi de nous ».

À travers la richesse des échanges et l’implication des élèves, cette rencontre s’est imposée comme un moment fort de formation civique et intellectuelle. Elle laisse émerger une conviction commune : la démocratie en Afrique n’est pas à abandonner, mais à adapter, à renforcer et à incarner collectivement.

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