Le football africain se retrouve une nouvelle fois à la croisée des chemins, pris entre la rigueur du droit et la vérité du terrain. La décision de la Confédération africaine de football (CAF) d’attribuer la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc sur tapis vert, deux mois après une finale remportée sur le terrain par le Sénégal, a ravivé des tensions profondes et relancé un débat que beaucoup pensaient clos : celui de la crédibilité des instances dirigeantes du football continental.
Car au-delà des textes et des articles de règlement, c’est bien une réalité sportive qui semble avoir été effacée. À Rabat, le Sénégal avait gagné avec ses tripes, au terme d’un match haletant, marqué par une interruption controversée mais finalement mené à son terme. Le retour des joueurs sur la pelouse, sous l’impulsion notamment de Sadio Mané, et la décision de l’arbitre Jean-Jacques Ndala de poursuivre la rencontre avaient permis au jeu de reprendre ses droits. Le but décisif de Pape Gueye en prolongation avait alors scellé une victoire que rien ne semblait pouvoir remettre en cause.
Et pourtant, c’est précisément ce résultat que la CAF a choisi d’annuler, en s’appuyant sur une lecture stricte du règlement, estimant que le retrait temporaire du Sénégal constituait une infraction justifiant une défaite par forfait. Une décision qui, juridiquement, peut se défendre, mais qui sportivement interroge. Car si l’infraction était si grave, pourquoi le match a-t-il repris ? Pourquoi l’arbitre n’a-t-il pas immédiatement mis fin à la rencontre ?
C’est là que le précédent de 2019 refait surface avec une force particulière. Lors de la finale de Ligue des champions africaine entre le Wydad Casablanca et l’Espérance de Tunis, la CAF avait déjà tenté de réécrire l’histoire après coup, en ordonnant de rejouer un match pourtant tranché sur le terrain. Saisie, le Tribunal arbitral du sport (TAS) avait alors infligé un désaveu cinglant à l’instance africaine, réaffirmant un principe fondamental : un match ne se rejoue pas dans les bureaux, et encore moins des semaines après son terme.
Ce précédent pèse aujourd’hui lourd dans le dossier sénégalais. Car à la différence du Wydad en 2019, qui avait refusé de reprendre le jeu, le Sénégal est revenu sur la pelouse et a disputé la totalité de la rencontre. Autrement dit, la compétition a suivi son cours normal, validée par l’arbitre, dont les décisions sont censées être finales selon les Lois du Jeu. En revenant sur ce résultat, la CAF prend donc le risque de se placer en contradiction directe avec ce principe, mais aussi avec la jurisprudence du TAS.
Dans ce contexte, la saisine du Tribunal arbitral du sport apparaît comme un tournant décisif. À Lausanne, il ne sera pas question d’émotion ou de pression populaire, mais de droit, de cohérence et de précédents. Et tout indique que ces éléments pourraient jouer en faveur du Sénégal. Non pas parce que le Maroc aurait démérité, mais parce que la décision administrative qui lui attribue le titre repose sur une base juridiquement fragile.
Si le TAS reste fidèle à sa logique de 2019, il pourrait considérer qu’un match arrivé à son terme ne peut être annulé que dans des circonstances exceptionnelles, et que le retrait temporaire d’une équipe, suivi d’un retour et d’une reprise du jeu, ne constitue pas un abandon définitif. Dans ce cas, la victoire sénégalaise pourrait être rétablie, infligeant à la CAF un nouveau revers retentissant.
Ce scénario, loin d’être improbable, poserait à nouveau la question de la gouvernance du football africain. Car au fond, ce qui est en jeu dépasse largement le sort d’un trophée. C’est la confiance dans les institutions, la stabilité des compétitions et la crédibilité du continent sur la scène internationale qui se jouent dans cette affaire. Entre décisions administratives contestées et vérité du terrain, le football africain doit choisir son camp. Et cette fois encore, c’est peut-être à Lausanne que la vérité du jeu sera rétablie.







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