Cacao: Les pays producteurs de l’ICCO bientôt en conclave

Les signaux d’alerte se multiplient dans la filière cacao, et les pays producteurs entendent désormais parler d’une seule voix face à une crise qui menace directement les fondements économiques du secteur. Réunis récemment à Abidjan à l’occasion de la 113e session ordinaire du Conseil de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), les représentants des pays producteurs ont exprimé de vives inquiétudes quant à l’évolution du marché mondial, marqué par une volatilité persistante des prix et ses conséquences dramatiques sur les revenus des producteurs.

Au cœur des discussions, une réalité brutale : malgré un marché mondial du cacao estimé à près de 100 milliards de dollars, moins de 10 % de cette richesse revient aux pays producteurs, majoritairement situés en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Une situation jugée insoutenable, notamment pour les petits producteurs, qui continuent pour beaucoup de vivre en dessous du seuil de pauvreté, en dépit du rôle central qu’ils jouent dans la chaîne de valeur.

Sous l’impulsion de l’ambassadeur Aly Touré, porte-parole du collège des producteurs, une rencontre de haut niveau est prévue les 8 et 9 avril 2026 afin d’approfondir les réflexions et surtout d’aboutir à des solutions concrètes. L’objectif est clair : repenser les mécanismes de régulation du marché, renforcer la coopération entre pays producteurs et poser les bases d’une stratégie commune capable de peser face aux grandes multinationales de l’industrie chocolatière.

Au-delà de la question des prix, plusieurs enjeux structurants viennent complexifier davantage la situation. Les barrières commerciales, l’accès limité aux marchés internationaux, mais aussi les innovations technologiques comme le clonage du cacao ou encore la production de chocolat en laboratoire constituent de nouvelles menaces pour les économies agricoles traditionnelles. À cela s’ajoute l’émergence de substituts adoptés par l’industrie, dans un contexte de pression écologique croissante.

Si des efforts ont été consentis ces dernières années, notamment en matière de durabilité environnementale et sociale, les pays producteurs estiment que l’essentiel reste à faire. Car la véritable durabilité ne saurait être atteinte sans une base économique solide. Autrement dit, sans prix justes et rémunérateurs permettant aux producteurs de vivre dignement de leur travail, toutes les autres initiatives risquent de rester insuffisantes.

Le cacao, longtemps appelé « nourriture des dieux », continue paradoxalement de nourrir la précarité de ceux qui le produisent. Cette contradiction, de plus en plus dénoncée, appelle à une refonte profonde du modèle économique du secteur. Comme l’avait souligné Mathilde de Belgique lors de la Conférence mondiale sur le cacao à Bruxelles en 2024, la durabilité de la cacaoculture passe nécessairement par une rémunération décente des producteurs, la scolarisation des enfants et la préservation des forêts.

Après la crise de 2017, le secteur semble replonger dans une zone de turbulence, ce qui renforce l’urgence d’une réponse collective. Pour les pays producteurs, l’heure n’est plus aux constats mais à l’action. La rencontre annoncée en avril pourrait ainsi marquer un tournant décisif, à condition qu’elle débouche sur des engagements fermes et des mécanismes contraignants.

Dans un marché mondialisé où les rapports de force restent déséquilibrés, l’unité des pays producteurs apparaît désormais comme la clé pour rééquilibrer la chaîne de valeur et redonner au cacao, au-delà de son prestige historique, une véritable justice économique.

Fait à Abidjan le 17 mars 2026
Service de Communication de la Représentation Permanente
de la Cote d’Ivoire à Londres

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