Crise du café-cacao et déficit de contrôle parlementaire en Côte d’Ivoire

par Dr Aboubacar Touré

Dans une démocratie véritablement fonctionnelle, une crise d’une telle ampleur dans un secteur aussi stratégique que celui du café-cacao aurait normalement déclenché une initiative parlementaire d’investigation approfondie. Le Parlement aurait dû convoquer l’exécutif ainsi que les responsables du Conseil Café-Cacao à des auditions publiques rigoureuses afin de soumettre leur gestion à un examen contradictoire. Un tel processus aurait permis d’éclairer l’opinion publique sur les causes structurelles et conjoncturelles de la crise, d’établir les responsabilités institutionnelles et individuelles, et surtout de formuler des recommandations législatives susceptibles d’améliorer durablement les politiques publiques régissant la gouvernance du secteur café-cacao.Cependant, il apparaît aujourd’hui difficile d’attendre du Parlement actuel l’exercice d’un tel rôle de contre-pouvoir démocratique. L’institution semble s’être progressivement transformée en une chambre d’enregistrement des orientations de l’exécutif plutôt qu’en un espace autonome de délibération et de contrôle.

Cette situation contribue à affaiblir les mécanismes de redevabilité publique pourtant essentiels au bon fonctionnement d’un système démocratique. La désignation de Patrick Achi à la présidence de l’Assemblée nationale illustre également certaines ambiguïtés institutionnelles. Celui-ci a été choisi directement par le président Alassane Ouattara, dans un processus qui s’est déroulé non pas dans les instances internes du RHDP mais dans un cadre institutionnel étatique, soulevant ainsi des interrogations quant au respect du principe fondamental de séparation entre les ressources publiques et les activités partisanes. Jusqu’à présent, la nouvelle direction de l’Assemblée nationale n’a pas encore proposé un agenda législatif ambitieux et structurant capable de répondre aux défis économiques et institutionnels auxquels le pays est confronté.Dans ce contexte, l’absence d’un débat parlementaire approfondi sur la crise du café-cacao révèle un problème plus large de faible capacité institutionnelle de contrôle et de formulation de politiques publiques, ce qui limite la possibilité d’identifier rapidement les défaillances de gouvernance et d’y apporter des réponses structurelles efficaces.

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