Aménagement du territoire: pourquoi la création d’une région du Nimba en Côte d’Ivoire est une nécessité

Dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, la question d’une éventuelle division de la région du Tonkpi afin de créer une région du Nimba, avec Danané comme capitale, revient régulièrement dans les discussions politiques, administratives et universitaires. Pour de nombreux acteurs locaux, cette réforme dépasse le simple redécoupage territorial : elle représenterait un levier stratégique de développement, tout en consacrant symboliquement l’importance d’un espace géographique majeur partagé avec les pays voisins.

Une région vaste et difficile à administrer

Aujourd’hui, la région du Tonkpi, dont le chef-lieu est Man, couvre un territoire particulièrement étendu et accidenté. Elle regroupe plusieurs départements et de nombreuses sous-préfectures parfois éloignées du centre administratif régional.

Dans ces conditions, certains observateurs estiment que la gestion administrative peut s’avérer complexe, ralentissant la mise en œuvre de certaines politiques publiques et le suivi des projets de développement. La création d’une région du Nimba permettrait de rapprocher l’administration des populations et d’améliorer la coordination des services publics dans cette partie montagneuse du pays.

Avec Danané comme capitale régionale, cette nouvelle entité pourrait constituer un second pôle administratif dans l’ouest ivoirien, venant compléter celui de Man.

Réduire les déséquilibres de développement

Les partisans de ce projet soulignent également que le redécoupage territorial pourrait contribuer à corriger certains déséquilibres en matière d’infrastructures et d’investissements publics dans l’ouest du pays.

La création d’une région supplémentaire impliquerait la mise en place de nouvelles institutions locales — conseil régional, directions régionales sectorielles, services administratifs — susceptibles de dynamiser l’économie locale et d’attirer davantage de projets publics et privés.

Pour les collectivités frontalières et montagneuses, cette perspective pourrait favoriser la construction d’infrastructures routières, sanitaires et éducatives, tout en stimulant l’activité économique et touristique.

Le poids symbolique du Nimba

Au-delà des considérations administratives et économiques, la question revêt également une dimension historique et symbolique forte.

Le Mont Nimba constitue l’un des massifs montagneux les plus emblématiques d’Afrique de l’Ouest. Ce site naturel exceptionnel s’étend sur un espace transfrontalier reliant la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Libéria.

Dans ces deux pays voisins, le nom Nimba figure déjà dans l’organisation administrative. Au Liberia, il existe la Nimba County, l’un des principaux comtés du pays. En Guinée également, la zone du Nimba est reconnue comme un espace territorial et écologique majeur.

Pour plusieurs leaders d’opinion de l’ouest ivoirien, voir apparaître officiellement le nom Nimba dans l’administration territoriale ivoirienne constituerait une reconnaissance de l’importance historique, géographique et culturelle de cet espace dans la sous-région, voulue par Houphouet-Boigny.

Un enjeu stratégique d’aménagement du territoire

La création d’une région du Nimba s’inscrirait par ailleurs dans la dynamique de décentralisation engagée par l’État ivoirien afin d’adapter l’organisation administrative aux réalités démographiques et économiques du pays.

Toutefois, comme tout projet de redécoupage territorial, cette proposition soulève également certaines interrogations : coût administratif, choix définitif du chef-lieu, équilibre politique entre les localités ou encore articulation avec la région actuelle du Tonkpi.

Malgré ces débats, l’idée continue de faire son chemin dans les milieux politiques, académiques et associatifs. Pour ses défenseurs, la création d’une région du Nimba avec Danané comme capitale permettrait non seulement de renforcer la gouvernance locale, mais aussi de donner une visibilité institutionnelle à l’un des espaces géographiques les plus emblématiques de l’Afrique de l’Ouest.

Dans cette perspective, la reconnaissance administrative du Nimba en Côte d’Ivoire apparaîtrait à la fois comme un geste symbolique fort et comme un instrument de développement territorial pour l’ensemble de cette zone stratégique.

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