Côte d’Ivoire : 10 000 milliards de recettes fiscales en 2026, une possibilité

La Côte d’Ivoire pourrait atteindre un niveau inédit de mobilisation de ses ressources fiscales. Selon Michael Dougrou, Secrétaire Général de l’ANADGI (Association Nationale des Agents de la Direction Générale des Impôts), le pays est en mesure de réaliser 10 000 milliards de FCFA de recettes fiscales en 2026. Cette projection repose sur la dynamique économique actuelle et les réformes fiscales en cours, mais elle met aussi en lumière des défis structurels liés à la gouvernance interne.

Une dynamique favorable

La croissance économique ivoirienne reste soutenue, portée par l’agriculture, l’industrie et les services. Les réformes fiscales engagées depuis plusieurs années – élargissement de l’assiette, digitalisation des procédures, lutte contre la fraude – ont déjà permis une amélioration notable de la collecte. Michael Dougrou estime que « la modernisation de l’administration fiscale et l’intégration progressive du secteur informel sont des leviers essentiels pour franchir le cap des 10 000 milliards ».

Les leviers identifiés

  • Élargissement de l’assiette fiscale : meilleure intégration du secteur informel.
  • Lutte contre la fraude et l’évasion : intensification des contrôles et coopération internationale.
  • Digitalisation accrue : interconnexion des bases de données et e-paiement.
  • Croissance économique : un PIB en expansion qui soutient mécaniquement les recettes.
  • Réformes structurelles : restructuration de directions clés comme la DDCEFET, la DOA et la DCQPF, afin de renforcer l’efficacité et la transparence.

Vers de nouvelles directions spécialisées

Dans cette perspective, Michael Dougrou propose la création de nouvelles directions pour mieux encadrer certains secteurs :

  • Direction de la fiscalité agricole : afin de mieux intégrer et réguler un secteur stratégique pour l’économie nationale.
  • Direction des exonérations et des régimes spéciaux : pour assurer une gestion plus transparente et équitable des avantages fiscaux.

Les défis structurels

Au-delà des aspects techniques, l’ANADGI pointe des obstacles organisationnels :

Refus du départ à la retraite : de nombreux cadres dirigeants, en poste depuis plus de 20 ans, refusent de céder leur place. Cette situation bloque le renouvellement générationnel et freine l’innovation au sein de l’administration fiscale.

Rigidité managériale : le maintien prolongé de certaines directions limite l’adaptation aux nouvelles méthodes de gestion et ralentit la modernisation.

Acceptabilité sociale : la pression fiscale doit rester supportable pour les entreprises et les ménages.

Conjoncture internationale : volatilité des prix des matières premières et risques géopolitiques.

Une ambition sous condition

Pour Michael Dougrou, atteindre 10 000 milliards de FCFA en 2026 constituerait « un signal fort de maturité du système fiscal ivoirien et de consolidation de la gouvernance économique ». Mais il insiste sur la nécessité d’un renouvellement de la classe dirigeante, d’une meilleure gestion des ressources humaines et d’une réforme organisationnelle profonde pour accompagner les réformes.

Conclusion 

La Côte d’Ivoire peut atteindre 10 000 milliards de FCFA de recettes fiscales en 2026, mais cette possibilité dépend autant de la dynamique économique et des réformes fiscales que de la capacité de l’administration à se réinventer. Le pays se trouve à un tournant : réussir cette mobilisation renforcerait sa souveraineté budgétaire et sa crédibilité institutionnelle, mais l’enjeu humain et organisationnel demeure un facteur clé de réussite.

Michael Dougrou

Administrateur des services financiers

Secrétaire général de l’Anadgi (Alliance nouvelle des agents de la Direction générale des Impôts)

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