La prolifération des véhicules aux plaques banalisées: le résultat d’un laxisme des autorités

Août 2024, février 2025, juillet 2025, février 2026, les campagnes pour la l’interdiction des véhicules aux plaques banalisées se multiplient, pourtant ces véhicules n’ont jamais été aussi nombreux dans la circulation. Comment l’expliquer ?

En Côte d’Ivoire, une voiture conduite par un agent des forces de défense et de sécurité (fds), c’est-à-dire l’armée, la gendarmerie, la police, les Eaux et Forêts, les Douanes, les pompiers, les affaires maritimes, et même les polices municipales, ne subit aucun contrôle. Ces derniers conduisent avec pour seul document leur carte professionnelle qu’il leur suffit de brandir pour éviter le moindre contrôle. Pire, lorsqu’ils sont passagers dans un véhicule, il leur suffit de présenter leur carte pour aussi éviter que ce véhicule ne soit contrôlé. Le nœud du problème est là.

Au premier jour de la campagne lancée en février dernier, le directeur général de la DGTT (Direction Générale des Transports Terrestres), Oumar Sacko, expliquait que  » les forces de défense et de sécurité (FDS), à la suite des contrôles effectués entre août et octobre 2025, bénéficient d’une tolérance provisoire afin de régulariser leurs véhicules, avant l’application prochaine d’une politique de tolérance zéro a leur egard ».

En d’autres termes, les véhicules aux plaques banalisées conduites par les fds sont autorisés à circuler jusqu’ à ce qu’une « nouvelle période de tolérance zéro » soit décidée spécialement pour eux. Pour faire simple, la présente campagne ne les concerne pas. Ils peuvent tranquillement continuer à circuler à bord de ces véhicules. On comprend dès lors pourquoi il est si difficile de venir à bout du phénomène, la prolifération constatée alors que les campagnes contre le phénomène se multiplient, s’explique par cette autorisation qui a toujours été accordée aux fds de circuler dans des véhicules aux plaques banalisées.

Certes de plus en plus d’individus n’appartenant pas aux fds apposent ces plaques sur leurs véhicules pour éviter les contrôles. Mais ce sont de toute évidence les fds qui s’adonnent systématiquement à la pratique, et refuser de faire preuve de rigueur à leur égard, c’est refuser de crever l’abcès. D’où l’échec de toutes les campagnes qui sont lancées chaque année.

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Des agents de police retirant une plaque irrégulière. Ils n’oseraient jamais le faire si ce véhicule était conduit par un agent des fds. Seules les plaques de véhicules conduits par des civils sont retirées.

Les véhicules aux plaques banalisées posent des problèmes à plusieurs niveaux. Tout d’abord leur immatriculation n’étant pas régulière, ils ne sont pas répertoriés dans la base de données de la direction générale des transports terrestres. ils ne peuvent ainsi faire l’objet d’aucune traçabilité. Lorsqu’ ils sont impliqués dans des délits ( vols, cambriolages, attaques à main armes etc ), la plaque d’immatriculation étant inconnue des fichiers, son signalement ne débouche sur aucun nom.

Ce sont aussi pour certains des véhicules importés et mis en circulation hors cadre légal, ce qui crée un manque à gagner pour l’État. Ces véhicules échappent aussi à la vidéoverbalisation compte tenu de leur plaque non répertoriée. Là également il y a un manque à gagner pour l’Etat. Mais l’aspect le plus grave du phénomène, c’est qu’on a majoritairement affaire à des véhicules braqués, arrachés à leur propriétaire. Un individu dont le véhicule a été braqué, va immédiatement saisir la police, ce qui donnera lieu à un avis de recherche sur le plan national. Mettre une fausse plaque sur ce véhicule permet de circuler sans être inquiété, cela veut aussi dire qu’il ne sera jamais retrouvé.

Pire, des filières criminelles revendent ces véhicules auprès des agents des fds. Les policiers, militaires, gendarmes, etc….. sont enclins à acquérir des véhicules dont les documents sont douteux, voire inexistants, étant donné qu’ils n’en n’ont pas vraiment besoin pour circuler. Ils sont peu regardant sur cet aspect des choses. La tolérance des plaques fantaisistes constitue une importante source de braquages de véhicules.

Les plaques banalisées constituent un grave problème de sécurité qui peut à la longue conduire à un problème de gouvernance voire menacer la stabilité. Plus les filières criminelles se renforcentt dans un pays, plus elles établissent des connexions avec la sphère politique. Un pays de la sous-région ouest africaine vit ce problème avec des gangs liés au trafic de drogue. Les autorités ivoiriennes doivent prendre la pleine mesure de la menace et éviter de tourner autour du pot. Multiplier les campagnes de sensibilisation ne servira à rien tant que les fds seront autorisés à circuler dans ces véhicules.

Le vice-Premier ministre, ministre de la défense, Tene Birahima Ouattara doit s’impliquer sur ce dossier, il s’agit d’une question de défense nationale. Ce problème doit désormais relever de l’armée et non des fonctionnaires de police. Homme pragmatique et porté sur les résultats, cette question peut constituer un test sur sa capacité à apporter des solutions concrètes aux questions de gouvernance.

Douglas Mountain

oceanpremier4@gmail.com

Le Cercle des Réflexions Libérales

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