Le sens véritable du partage

Il y a des situations qui interpellent la conscience. Lorsqu’un individu cumule à lui seul trois fonctions importantes, il cumule aussi trois salaires. Pendant ce temps, des milliers de jeunes diplômés ou sans emploi cherchent désespérément une opportunité pour travailler et vivre dignement. Cette réalité soulève une question simple, mais essentielle: est-il juste qu’un seul mange pendant que tant d’autres restent à la porte ?

Le problème ne réside pas seulement dans la concentration des fonctions ou des revenus. Il réside surtout dans la manière dont cette situation est justifiée ou ignorée. Car celui qui cumule ainsi les responsabilités peut affirmer qu’il agit pour le bien commun, qu’il œuvre pour la société. Pourtant, dans les faits, tout semble indiquer le contraire: le travail est monopolisé, les ressources sont accaparées et les opportunités sont confisquées.

La contradiction devient encore plus frappante lorsque cette même personne se présente comme un homme de foi. Elle affirme observer le carême, jeûner, prier et se rapprocher de Dieu. Mais pour quel Dieu jeûne-t-on lorsqu’on refuse de partager ? Dans toutes les traditions religieuses sérieuses, le jeûne n’est pas une simple pratique extérieure. Il n’est pas une démonstration publique destinée à impressionner les autres. Le jeûne est avant tout un exercice spirituel qui invite à l’humilité, à la justice et au partage. Il rappelle à l’homme que les biens qu’il possède ne sont pas seulement pour lui, mais aussi pour la communauté.

Le vrai Dieu — celui que reconnaissent les croyants sincères — aime le partage. Il aime le partage du travail, afin que chacun puisse vivre de son effort et contribuer à la société. Il aime le partage du bien commun, afin que les richesses produites par une nation profitent à tous et non à une minorité privilégiée. Ce sont ces deux valeurs, le partage et la justice, qui rendent possible le véritable vivre-ensemble.

Lorsqu’une seule personne concentre plusieurs postes, plusieurs revenus et plusieurs pouvoirs d’influence, ce n’est pas seulement une question de mal gouvernance. C’est une question morale. Car chaque poste occupé par un seul individu est aussi une chance retirée à quelqu’un d’autre. Chaque salaire supplémentaire est une opportunité de moins pour un jeune qui aspire simplement à travailler.
La situation devient encore plus problématique lorsque cette même personne possède plusieurs journaux qui se permettent de critiquer durement les autres, parfois même de les attaquer ou de les ridiculiser. Mais, paradoxalement, ces mêmes journaux refusent que la moindre critique soit formulée à l’encontre de leur propriétaire. Or, la justice véritable suppose l’équité. Celui qui se donne le droit de juger les autres doit accepter d’être jugé à son tour. Celui qui critique doit accepter la critique. Sans cette réciprocité, la liberté d’expression devient simplement un instrument de domination.

Dans ce contexte, distribuer de temps en temps quelques sacs de sucre à droite et à gauche ne change rien au problème de fond. Ce geste peut donner l’impression d’une générosité, mais il ne règle pas l’injustice structurelle. Le véritable partage ne consiste pas à offrir quelques dons occasionnels pour calmer les consciences ou soigner son image publique.

Dieu ne demande pas cette forme de charité théâtrale. Ce qu’Il demande est beaucoup plus exigeant. Il demande de partager réellement le travail et la richesse commune. Il demande que les responsabilités soient réparties de manière juste. Il demande que les ressources de la société ne soient pas accaparées par quelques-uns pendant que les autres survivent difficilement.

Le message est clair: la foi ne peut pas être séparée de la justice. Le jeûne ne peut pas être séparé du partage. Et la prière ne peut pas être séparée du respect de l’autre.

En définitive, Dieu n’est pas dans la comédie. Il n’est pas dans les apparences ni dans les mises en scène. Il est dans la vérité des actes, dans l’équité des décisions et dans la sincérité du cœur. Là où le travail est partagé, où la richesse commune est répartie équitablement et où chacun trouve sa place, c’est là que se trouve réellement l’esprit de Dieu.

Jean-Claude Djéréké

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