Pendant longtemps, on nous a fait croire qu’Israël disposait des meilleurs services de sécurité et de protection au monde. Dans l’imaginaire collectif international, l’État hébreu apparaissait comme une forteresse imprenable, un pays capable d’anticiper toutes les menaces, de neutraliser tous les complots et de protéger efficacement ceux qui faisaient appel à son expertise. Cette réputation, soigneusement entretenue pendant des décennies, a fini par s’imposer comme une évidence aux yeux de nombreux dirigeants et observateurs.
C’est dans ce contexte que plusieurs chefs d’État africains ont choisi de confier leur sécurité personnelle et celle de leurs institutions à des sociétés ou à des experts israéliens. Dans le cadre de l’affaire Jeffrey Epstein, on a découvert que, si les Ivoiriens ont été placés sur écoute, cela a été possible avec le concours des services israéliens. Israël était perçu par Alassane Ouattara et d’autres dirigeants africains comme une référence mondiale en matière de renseignement, de cybersécurité et de protection rapprochée. Les technologies et les méthodes venues de Tel-Aviv étaient présentées comme les plus avancées et les plus fiables.
Pourtant, les bombardements que subit quotidiennement Tel-Aviv ébranlent l’image d’une puissance sécuritaire irréprochable et neutre.
En quelques heures, le monde entier a pu constater que l’appareil militaire israélien, pourtant réputé parmi les plus performants de la planète, n’était pas à l’abri de failles et de vulnérabilités.
L’événement a eu un impact symbolique considérable. Pendant des décennies, l’armée israélienne a été présentée comme quasiment invincible, capable de répondre à toute menace et de maintenir un avantage stratégique permanent dans la région. Or, les attaques iraniennes ont montré que cette supériorité n’était pas absolue. Comme toute puissance militaire, Israël possède ses limites, ses points faibles et ses zones d’incertitude.
Cette réalité n’est d’ailleurs pas exceptionnelle dans l’Histoire. Aucune puissance, si forte soit-elle, n’est totalement invulnérable. Les grands empires eux-mêmes ont connu des revers et des moments de fragilité. La perception d’invincibilité est souvent davantage une construction politique et médiatique qu’une vérité durable.
Pour de nombreux pays africains, ces événements devraient être l’occasion de réfléchir à leur dépendance sécuritaire vis-à-vis de puissances étrangères. Confier sa sécurité nationale ou présidentielle à des acteurs extérieurs peut sembler efficace à court terme, mais cela comporte aussi des risques. La sécurité d’un État repose d’abord sur ses propres institutions, sur la formation de ses forces de défense et sur le développement de ses capacités nationales.
Le débat qui s’ouvre aujourd’hui dépasse donc le seul cas d’Israël. Il pose une question plus large, celle de l’autonomie stratégique des pays africains. Pendant trop longtemps, les dirigeants du continent ont eu tendance à croire que la sécurité devait être importée, comme un produit technologique venu d’ailleurs. Or, les événements récents rappellent que la souveraineté ne peut être déléguée indéfiniment.
Le mythe de l’invincibilité de Tel-Aviv apparaît désormais sérieusement ébranlé. Cela ne signifie pas qu’Israël cesse d’être une puissance militaire importante. Mais cela montre que la réalité est plus complexe que l’image qui en a été longtemps diffusée. Comme toute nation, Israël est confronté à des défis, à des adversaires déterminés et à des limites structurelles.
Pour beaucoup d’observateurs, cette prise de conscience marque la fin d’une illusion entretenue depuis des années. Le monde découvre peu à peu que la puissance militaire et sécuritaire d’un État, aussi impressionnante soit-elle, n’est jamais absolue. Et c’est peut-être là la principale leçon de ces événements: aucune forteresse n’est totalement imprenable, aucun système de sécurité n’est parfait, et aucun mythe ne résiste indéfiniment à l’épreuve des faits.
Jean-Claude Djéréké







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