Zimbabwé à Port-Bouët: silence face au sort de 40 000 habitants

Cinq mois après une enquête de L’Intelligent d’Abidjan, le sous-quartier Zimbabwé, à Vridi-3, reste dans l’attente d’une décision officielle, entre déguerpissement et urgence sociale.

Le 28 août 2025, L’Intelligent d’Abidjan publiait une enquête sur la situation préoccupante du sous-quartier Zimbabwé, dans la commune de Port-Bouët. Cinq mois plus tard, aucune action concrète n’a été engagée par les autorités, laissant les habitants de Vridi-3 estimés à 40 mille âmes, dans l’expectative et l’angoisse. Pourquoi un tel silence alors que l’urgence sociale commande d’agir ?

Quartier Zimbabwé à Port-Bouët : agir

Situé dans la commune de Port-Bouët, le sous-quartier Vridi-3, surnommé « Zimbabwé », est menacé de déguerpissement depuis 2016. Cette réalité maintient ses quelques 40 000 habitants dans une angoisse profonde, ravivant le souvenir du quartier Abattoir en juin 2024.

Créé dans les années 1960 sous l’impulsion de l’État pour abriter les « fumeurs de poisson » déplacés du port, le site constitue un écosystème économique. L’argument d’une « occupation anarchique » et d’une implantation en « zone à risque » souligne la réalité des défis, et aussi l’urgence d’une réhabilitation encadrée en vue d’un déguerpissement avec solution durable.

Poids social et réalité économique

Zimbabwé est un pôle de la pêche artisanale en Côte d’Ivoire. Avec environ 700 pirogues qui accostent quotidiennement, il approvisionne en poisson fumé les marchés d’Abidjan, de l’intérieur du pays (Bouaké, San Pedro) et même l’étranger.

Ce pôle fait vivre des milliers de familles : pêcheurs ghanéens, transformatrices, commerçantes, mareyeuses et acteurs de petits métiers (laveurs de pirogues, vendeurs de carburant, manutentionnaires). L

La contradiction d’une « occupation illégale » dotée de services publics

L’illégalité et les dangers de l’occupation n’ont pas empêché la mise à disposition d’infrastructures publiques : un centre de santé communautaire, trois écoles primaires publiques (1 500 élèves), une maternelle (308 enfants), des écoles anglophones (environ 8 000 élèves) et une école coranique. Alors que la puissance publique a contribué à équiper le site pendant des décennies, comment passer maintenant à l’action ?

Une urgence sanitaire et environnementale

Les problèmes de salubrité sont réels : absence de collecte des ordures, déchets jetés dans la lagune, ruelles trop étroites pour les camions. Malgré cela des habitants, leaders religieux et le comité de suivi refusent de croire à des risques d’inondation, le sol sablonneux et la topographie n’ayant causé aucun dégâts en soixante ans. La seule proposition qu’ils font est celle-ci : élargir les ruelles, installer des bennes à ordures, procéder à un lotissement pour mettre le quartier aux normes, conformément à la loi sur le domaine foncier urbain qui permet de restructurer , restaurer et reconstruire les quartiers précaires.

Des témoignages

Samo Sidibé, est né à Zimbabwé. Il craint la démolition au motif que cela peut pousser les jeunes à la délinquance ; Saïdou Traoré, président du comité de suivi, déplore l’absence de réponse des autorités à des courriers ; le chef des pêcheurs ghanéens rappelle que c’est le président Houphouët-Boigny lui-même qui les a installés ; Ouédraogo Boukary, chef burkinabè, confie : « J’ai 22 enfants, partir serait un cauchemar » ; un pasteur local affirme que perdre des biens accumulés en une vie est « plus que la mort ». Des partis politiques (FPI, URD, PDCI, PPA-CI) s’accordent eux sur la nécessité de sensibilisation, d’indemnisation et de recasement avant toute opération, sans cependant refuser le déguerpissement pour restaurer le sous quartier. Le RHDP, par la voix d’un sénateur, insiste sur le respect des procédures, sans s’opposer à toute action nécessaire de déguerpissement.

Cinq mois après, l’attitude des autorités interroge

Depuis la publication de cette enquête le 28 août 2025, aucun geste n’a été posé. Le comité de suivi n’a reçu aucune nouvelle du District autonome d’Abidjan, du ministère de l’Assainissement de la Salubrité ou de la mairie. Les courriers restent sans réponse. Pendant ce temps, la rentrée scolaire est passée, la saison des pluies menace , et l’angoisse grandit. Pourquoi ce silence ?

L’État semble prisonnier d’une hésitation pour assumer le coût politique, économique et social d’une expulsion des populations pour engager la restructuration qui s’impose. Il subit aussi des calculs électoralistes et politiciens de certains acteurs qui regardent l’électorat de la zone , comme celui des zones de Koumassi Campement , Yopougon Micao et Mossikro , même si la proportion des populations non ivoiriennes semble plus importantes que celles des ivoiriens et des électeurs inscrits sur la liste électorale. Cet attentisme est dangereux : il nourrit la psychose, fragilise l’économie et la vie sociale dans le sous quartier. Il laisse surtout pourrir une situation qui exige au contraire une action forte, ferme, urgente participative et décisive en vue d’un bien être durable.

Une action urgente et inclusive

La solution est d’allier expulsion et déguisement et restructuration ou restauration. Le gouvernement, le District autonome d’Abidjan et la mairie de Port-Bouët, ont attendus pour engager un dialogue et une actions transparents et urgents. L’objectif final vise à offrir un avenir digne à Zimbabwé , et non le condamner à le cœur à la disparition. L’attentisme actuel n’est plus acceptable face à l’urgence humaine, sociale et économique, si l’on s’en tient à l’enquête de L’Intelligent d’Abidjan.

D’après une enquête de L’Intelligent d’Abidjan

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