Dette du Sénégal en 2026: choisir le reprofilage, éviter la restructuration

Le 13 mars 2026, le Sénégal devra rembourser 333,3 millions d’euros d’eurobonds émis en 2018. Si ce paiement sera honoré grâce aux mobilisations récentes sur le marché régional UEMOA, il ne règle pas le problème de fond : les besoins totaux de financement pour 2026 atteignent plus de 6 000 milliards FCFA, dont l’essentiel concerne le service de la dette.

Entre 2026 et 2028, le pays devra rembourser environ 1,1 milliard de dollars d’eurobonds, dans un contexte de forte dégradation de sa signature : titres décotés (50–70% du nominal), taux passés de 4% à plus de 12%, et dette publique réévaluée à plus de 119% du PIB après audit. Le programme du Fonds monétaire international (1,8 milliard USD) reste suspendu.

L’auteur distingue deux options :

La restructuration : implique une décote du principal (exemple du Ghana avec un haircut de 37%), entraînerait pertes pour les créanciers, fragilisation bancaire régionale et exclusion prolongée des marchés.

Le reprofilage : allongement des maturités sans décote, conversion vers des financements concessionnels, gestion proactive pour éviter la défaillance.

Il propose une stratégie des “3R” :

Reprofilage : étendre les maturités de 10 à 15 ans avec période de grâce, réduire la pression 2026–2028 et sécuriser un accord avec le FMI.

Réforme : augmenter les recettes (élargissement de l’assiette fiscale, taxation de nouveaux secteurs, renégociation des concessions) et rationaliser les dépenses. Objectif : dégager 3 000 à 3 500 milliards FCFA sur 2026–2027.

Réinvestissement : bâtir un plan décennal structuré autour des hydrocarbures (production dès 2027) pour transformer la rente en croissance durable.

Le principal risque est temporel : retarder les réformes pourrait forcer une restructuration subie. Un reprofilage réussi ferait jurisprudence en Afrique subsaharienne francophone ; un échec augmenterait durablement la prime de risque régionale.

Conclusion : payer l’échéance de mars est indispensable, mais seule une stratégie cohérente combinant reprofilage, réforme et réinvestissement permettra de restaurer durablement la crédibilité financière du Sénégal.

Par Loïc MPanjo Essembe
Version courte de Sénégal 2026, reprofilier plutôt que restructurer: la troisième voie

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