Le séisme qui secoue la filière cacao en Afrique de l’Ouest prend une nouvelle ampleur. Le Ghana, deuxième producteur mondial de fèves derrière la Côte d’Ivoire, a annoncé une réduction de 30 % du prix payé aux planteurs. Une décision radicale destinée à contenir une crise financière profonde qui fragilise tout l’équilibre du secteur. Le prix de la tonne bord-champ est passé de 2 635 000 Fcfa à 1 850 000 Fcfa. Une chute brutale pour des producteurs déjà éprouvés par la baisse des rendements et la volatilité des marchés.
Selon l’Agence France-presse (Afp), cette décision intervient dans un contexte d’effondrement des cours mondiaux, de tensions de trésorerie et d’importants arriérés de paiement. L’organisme public chargé de la régulation du secteur, le Ghana Cocoa Board (Cocobod), fait face à un endettement élevé et à des difficultés de liquidités pour honorer l’achat des récoltes. « Cette mesure est devenue nécessaire pour refléter la réalité des cours mondiaux du cacao et assurer une injection immédiate de liquidités », a justifié le ministre ghanéen des Finances, Cassiel Ato Forson, lors d’une conférence de presse à Accra.
Le cacao demeure pourtant stratégique pour l’économie ghanéenne. Il représente environ 10 % du Pib et constitue la troisième source de recettes d’exportation du pays, après l’or et le pétrole. Près d’un million de personnes en dépendent directement. La décision d’Accra s’explique d’abord par la dégringolade des prix internationaux. La tonne de cacao, estimée à environ 6 250 000 Fcfa en décembre 2024, a chuté à 3 500 000 Fcfa en octobre 2025, avant de s’établir aujourd’hui autour de 2 050 000 Fcfa. Une baisse vertigineuse de près de 50 % en un an.
Cette chute réduit considérablement les marges des États producteurs d’Afrique de l’Ouest et fragilise les mécanismes de stabilisation des prix mis en place pour protéger les planteurs. Pour la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, la décision ghanéenne dépasse le cadre national. Les deux pays dominent ensemble plus de 60 % de l’offre mondiale. Toute variation significative du prix bord-champ chez l’un a des répercussions immédiates chez l’autre. Si le Ghana baisse son prix, les acheteurs internationaux peuvent être tentés de renégocier leurs contrats ou de refuser de payer un différentiel trop important en Côte d’Ivoire.
Le maintien d’un prix ivoirien plus élevé deviendrait alors difficile à soutenir, au risque de perdre en compétitivité. À court terme, une pression à la baisse sur le prix payé aux planteurs ivoiriens n’est pas à exclure. À moyen terme, la question de la transformation locale et de la montée en gamme redevient centrale pour réduire la dépendance aux fluctuations des marchés internationaux.
Entre la chute des cours mondiaux, les ajustements opérés chez le principal concurrent régional et les contraintes budgétaires internes, la Côte d’Ivoire entre dans une phase délicate. Chaque décision comptera : pour les revenus de centaines de milliers de planteurs, pour la stabilité sociale des zones rurales et pour les recettes nationales d’un pays dont l’économie reste largement tributaire de l’or brun.
La crise actuelle rappelle une évidence : dans la filière cacao, les destins du Ghana et de la Côte d’Ivoire demeurent étroitement liés.






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