Revendications syndicales à la Dgi / Zéréyé Zédou (Resafisc) : « Nous en sommes, aujourd’hui, à voir des cadres supérieurs surpris par leur retraite »

  • « Le profil de carrière, ce ne sont pas les nominations »

Le Renouveau syndical des agents du fisc (Resa-fisc), un des principaux syndicats de la Direction générale des impôts (Dgi), se prépare à une tournée. Son secrétaire général, Zéréyé Zedou Narcisse, fait l’état des lieux des revendications syndicales.  

Cela fait un moment que vous êtes plongé dans un silence. Doit-on comprendre que les problèmes que vous avez posés, à l’époque, sont réglés, au moins, en partie, ou bien que les problèmes demeurent, mais vous avez, peut-être, trouvé une méthode autre que les sorties publiques pour leur règlement ?

Je voudrais, avant tout propos, vous remercier, et présenter mes vœux de bonne et heureuse année, à tous les camarades du Resa-fisc, et au-delà, à tous les agents de la Dgi. Pour répondre à votre question, je dirai qu’un syndicat doit mener sa lutte, de façon pragmatique, mais également, de façon ordonnée. Lorsque vous posez un problème, que, par la suite, un débat s’engage avec l’autorité et que des engagements sont pris, il est important que vous marquiez le pas. Cela est d’autant plus nécessaire que nous sommes dans une administration publique où les décisions sont en étroit lien, les unes avec les autres. Elles sont graduelles. Certaines décisions relèvent de la compétence du président de la République ; d’autres peuvent être prises par le ministre de tutelle ; d’autres encore, peuvent être l’affaire du directeur général. Il faut comprendre le fonctionnement de l’administration publique. Donc, nous avons décidé d’observer un moment de silence pour voir l’évolution du dossier, après la suspension de notre grève d’août 2024. C’est la première raison de notre silence. La seconde est liée à l’environnement général du pays. 2025 était une année électorale. Un syndicat, digne de ce nom, doit tenir compte de l’environnement politique, parce que nos revendications ne sont pas d’ordre politique, mais plutôt syndical. Pour éviter toute confusion de rôles, nous avons décidé de nous taire et laisser les élections se dérouler, avant de poser nos problèmes. Cela dit, pendant ce temps mort, nous avons travaillé, dans le silence, sur les engagements qui ont été pris.

On sait que vos revendications tenaient, entre autres, à l’application du profil de carrière, la suppression du forfait, les nominations aux postes vacants, l’autonomie financière de la Dgi… Quel est, aujourd’hui, l’état des lieux ?

Ces problèmes sont de plusieurs ordres. Prenons l’exemple de l’autonomie financière. Il s’agit de la mise à disposition des moyens financiers à la Dgi. Pour comprendre ce dispositif, il faut saisir les réformes effectuées au niveau de la gouvernance, en ce qui concerne la gestion des finances publiques. A l’époque du Dg Feh Kessé, les fonds étaient logés au niveau de la Dgi et des dépenses s’effectuaient au niveau de la Dgi. Depuis les réformes, il y a eu la mise en place du compte unique du Trésor. Désormais, la Dgi ne fait plus de dépenses. Donc, le directeur général ne peut plus être ordonnateur. Ce n’est plus son rôle. Cela relève du Trésor. Pour que les fonds sortent, il faut l’aval du ministre des Finances, lequel donne instruction au directeur général du Trésor pour que les fonds soient mis à disposition. A un moment donné, compte tenu des confusions des rôles que nous avons observées, la Dgi ne recevait pas ces fonds-là, non seulement, à temps, mais pas suffisamment. Mais depuis la nomination du ministre Adama Coulibaly en qualité de ministre des Finances et du Budget, les choses sont rentrées dans l’ordre. Monsieur le ministre, un pur produit du Trésor, connaît le fonctionnement des finances publiques. C’est une grande victoire que nous avons obtenue. Cela se ressent dans le traitement des agents. Cela se ressent également au niveau des véhicules qui ont commencé à être mis à la disposition des Cdi (Centres des impôts). Nous souhaitons, d’ailleurs, que tous les Cdi, surtout ceux de l’intérieur, reçoivent ces véhicules, parce qu’ils en ont plus besoin que ceux d’Abidjan. Autre preuve qu’il y a une évolution au niveau des finances, la Madgi (Mutuelle des agents de la Dgi), dont les fonds issus des prélèvements ne venaient pas à temps, avait connu des difficultés. Aujourd’hui, la Madgi fonctionne normalement. Elle paie ses fournisseurs. Et cela découle du fait que les reversements sont effectifs.

Je voudrais, à ce stade, non seulement, féliciter Monsieur le ministre, pour sa nouvelle nomination, avec un renforcement de ses attributions, mais aussi et surtout, le remercier d’avoir été à notre écoute. Aujourd’hui, il permet le bon fonctionnement de la Dgi, par la mise à disposition et à temps, des moyens dont elle a besoin. Le hic, aujourd’hui, c’est le profil de carrière. Mais, cela ne dépend pas du ministre.

Pourquoi la mise en œuvre du profil de carrière coince alors ?

Le profil de carrière est issu d’une décision du directeur général. Or, une décision du Dg n’est pas opposable au ministre, donc, au gouvernement. C’est un profil de carrière interne à la Dgi. Il se trouve que la mise en application du profil de carrière génère un surcoût. Voilà pourquoi ça coince. Tous se plaignent, mais tous ne cherchent pas à comprendre les textes qui fondent le fonctionnement d’une administration publique. Dans ce contexte, nous nous adresserons désormais aux autorités supérieures, à nos tutelles, à savoir le ministre d’Etat, ministère de la Fonction publique et de la Modernisation de l’administration et le ministre de l’Economie, des Finances et du Budget. Ce sont eux seuls qui peuvent nous garantir un profil de carrière. Nous espérons que ce profil sera couronné par un décret à l’image de nos camarades de l’administration générale, du corps préfectoral, nos camarades de la magistrature… Le profil de carrière, ce ne sont pas les nominations. Je tiens à faire cette précision parce que de nombreux camarades confondent nominations et profil de carrière. Le profil respecte un processus qui tient compte du grade et de l’ancienneté.

A quoi répond la prochaine tournée du Resa-fisc ?

Nous ferons cette tournée pour expliquer pourquoi nous avons observé un temps de silence. Peut-être que cette tournée se fera en collaboration avec la Fesy-Dgi (Fédération des syndicats de la Dgi). Quoi qu’il en soit, le Resa-fisc, en tant que syndicat, est prêt à accomplir cette tournée. Elle nous permettra d’expliquer aux camarades d’où nous nous sommes partis, et à quel niveau nous nous situons, aujourd’hui. Une lutte syndicale doit être pensée, structurée, organisée. Si on ne comprend pas les mécanismes de fonctionnement de l’Etat, on va buter contre un mur. C’est le cas du profil de carrière. Je voudrais en appeler à la responsabilité des uns et des autres. Chacun cherche à se maintenir là où il est, oubliant, parfois, que construire l’avenir nous protège de l’incertitude. Nous en sommes, aujourd’hui, à voir des cadres supérieurs surpris par leur retraite. Tout cela en raison de l’absence de profil de carrière. Au fond, la retraite fait partie du profil de carrière. Nous souhaitons que les uns et les autres travaillent, avec bonne foi, pour le bonheur des agents.

SD avec Sercom

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