Faut-il s’inquiéter des 5 000 logements, financés par l’Etat ivoirien en 2024 ?

…Dont l’ex-ministre de la construction (Bruno Nabagné Koné ) avait lancé les chantiers en 2024

Le 04 Juillet 2024, dans l’enceinte de la BAE à Yopougon, le PM Beugré Mambé présidait au côté du ministre de la construction d’alors, Bruno Nabagné Koné (actuel ministre de l’agriculture), la cérémonie de pose de la première pierre de 3 000 logements sociaux. Le 12 Août 2024, il renouvelait l’exercice cette fois à Akoupé Zeudji (PK 24 autoroute du Nord), pour la construction de 1 160 logements sociaux. Ces cérémonies, dont la toute première avait été organisée sur un site à Locodjro quelques jours auparavant, relevaient du « programme d’urgence de 5 000 logements sociaux ».

Le financement avait été mobilisé auprès de trois bailleurs, la Banque Arabe pour le Développement Economique de l’Afrique-BADEA (45 milliards FCFA), la Banque Ouest Africaine de Développement-BOAD (40 milliards), et un fond d’investissement des Emirats Arabes Unis (31,26 milliards). Soit un financement global de 116 milliards. C’est l’entreprise d’Etat la SICOGI qui avait été retenue comme maître d’œuvre. Elle avait subi à cet effet une réforme pour devenir l’ANAH (Agence Nationale de l’Habitat).

Le ministre Bruno Nabagné Koné avait précisé que les entreprises prestataires avaient déjà été sélectionnées, car il fallait aller vite. Selon ses explications, les programmes de logements sociaux mis en place les années antérieures, n’avaient pas été « couronnés de succès » parce que les promoteurs privés avaient été incapables de mobiliser les financements. Ainsi l’Etat ivoirien entendait reprendre la main en revenant à une méthode qui a avait fait ses preuves. La sicogi allait reprendre la construction des appartements destinés à la vente et la location-vente. Ce « programme d’urgence » fait partie d’un programme plus vaste de 25 000 logements, destiné à s’étendre dans les villes de l’intérieur.

Ces cérémonies de pose de la première pierre avaient été menées au pas de charge, ce qui présageait d’une accélération immédiate des travaux. Comme le ministre l’avait laissé entendre, il fallait rendre les logements disponibles dans un délai de 24 mois. Pourtant en ce mois de février 2026, bientôt deux années plus tard, les choses n’ont accéléré en rien. Sur les sites de Locodjro et de la BAE à Yopougon, aucun véritable chantier n’est visible. Sur le site d’ Akoupé Zeudji au pk 24 de l’autoroute du nord, on voit bien une entreprise s’activer avec des fondations qui sortent du sol, mais tout cela reste frileux, lent, avec bien peu d’ouvriers pour un chantier de plus de 1 000 logements.

En visite sur les différents sites en octobre 2025, le ministre Bruno Koné s’est pourtant dit satisfait. « Les travaux progressent correctement et sont techniquement bien conduits. Un léger retard a été observé à Yopougon BAE, mais des dispositions seront prises pour le combler. Dans l’ensemble, nous sommes satisfaits », avait-il déclaré. Le ministre a imputé le « léger retard « sur le site de la Bae à Yopougon ( où doivent être construits quelque 3 000 logements), à « des études de sol et à des ajustements contractuels ». La question qui se pose est de savoir pourquoi avoir organisé les cérémonies de pose de première pierre si rien n’était prêt pour le démarrage effectif des travaux ?

Des informations font état du non paiement aux entreprises prestataires de « l’avance de démarrage ». Une situation, selon certains, dûe au fait que les bailleurs de fonds n’avaient pas encore décaissé les prêts accordés à l’Etat ivoirien. Pourtant en décembre 2025 la BOAD a décaissé 37 milliards sur les 40 promis. Et 14 milliards ont été décaissés par la BADEA avant septembre 2025. On ne sait pas si le fonds émirati a décaissé quelque chose dans l’intervalle. Mais on note que 54 milliards sur les 115 mobilisés ont été décaissés. Mais cela semble ne pas avoir eu une grande incidence sur la célérité des travaux. La cause des retards est visiblement ailleurs.

Aujourd’hui, lorsqu’ ils accordent des prêts pour le financement des infrastructures en Afrique, les bailleurs de fonds se gardent bien de mettre les fonds à la disposition des Etats. La chine les construit par ses propres entreprises. Les Japonais ont aussi commencé à suivre cette démarche avec la JICA, leur agence de coopération et d’aide. Quant aux occidentaux, les Français avec le CDD, les Américains avec le MCC, l’Union Européenne avec la BIRD, la Banque Mondiale etc……ils règlent directement les entreprises qui interviennent dans la construction des infrastructures pour lesquelles ils ont accordé des prêts ou des dons. Après chaque prêt, le FMI dépêche une équipe dans le pays pour suivre l’utilisation des fonds.

On se souvient qu’ en Juin 2024, les Américains avaient décidé de ne plus financer dans le cadre du MCC, la rénovation du boulevard de la paix en Côte d’Ivoire, parce que mécontents de l’indemnisation des impactés de ce projet. Les fonds avait été remis aux autorités ivoiriennes, et des investigations, les americains ont jugé le processus non conforme, une manière polie de dire que les fonds n’avaient pas été entièrement remis aux ayant droit. L’affaire avait fait grand bruit dans la presse africaine, mais elle ne donna lieu à aucune enquête, et à fortiori à aucune sanction en Côte d’Ivoire alors que visiblement il y a avait eu des malversations.

Depuis le début des années 2000, plus question pour les occidentaux de remettre les fonds à la disposition des Etats africains, lorsqu’ils accordent des prêts pour le financement de leurs infrastructures. Or ici, dans le cadre du financement de ces logements, il apparaît que l’argent a été mis à la disposition de l’Etat ivoirien. Les bailleurs de fonds n’interviendront pas directement pour régler les entreprises prestataires, comme cela est la règle aujourd’hui. On peut nourrir des inquiétudes quand on sait comment fonctionnent nos Etats. Les fonds vont-ils être entièrement alloués à la construction des 5 000 logements ? Les retards constatés alors que les fonds ont été en partie décaissés, sont-ils le prélude à l’utilisation des fonds à d’autres fins ? Les appartements vont-ils un jour sortir de terre ? Ce sont des questions légitimes. Des ondes négatives commencent à envelopper ce programme, et oui on peut nourrir des inquiétudes à son sujet.

Douglas Mountain

oceanpremier4@gmail.com

Le Cercle des Réflexions Libérales

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