Malgré une victoire judiciaire obtenue le 5 février au tribunal d’Abidjan-Plateau, Tidjane Thiam ne semble pas sorti de la zone de turbulence. Au contraire, la contestation interne au sein du PDCI-RDA s’intensifie et prend désormais un visage public.

Valérie Yapo sonne la charge
Lors d’une conférence de presse tenue ce lundi à Abidjan, Valérie Yapo, cadre du parti, a explicitement demandé le départ de Tidjane Thiam de la présidence du PDCI. Appelant à une « prise de conscience collective », elle a exhorté responsables et militants à regarder en face la situation du parti, qu’elle juge préoccupante.
Cette sortie n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un climat de fronde qui gagne plusieurs figures de premier plan. Maurice Kacou Guikahué, Jean-Louis Billon, Thierry Tanoh, Ehouo Jacques, député-maire du Plateau, Jean-Marc Yacé — député-maire de Cocody — ou encore Emmou Sylvestre, député-maire de Port-Bouët, font partie des cadres réputés critiques à l’égard de la gouvernance actuelle.
Une fronde parlementaire inédite
Le malaise a pris une tournure institutionnelle inédite : les trois élus d’Abidjan (Yacé, Emmou et Ehouo) ont refusé de siéger au sein du groupe parlementaire du PDCI, dont la présidence a été confiée à l’avocat Blessy, présenté comme proche de Tidjane Thiam.
Un fait rarissime dans l’histoire du vieux parti. Jamais, depuis l’avènement du multipartisme, des députés PDCI n’avaient décliné leur appartenance au groupe parlementaire de leur propre formation politique. Ce geste symbolique marque un seuil dans la contestation et accentue la pression sur la direction.
Une légitimité fragilisée
La victoire judiciaire du 5 février — obtenue après le retrait surprise des requérants qui contestaient le 9ᵉ congrès extraordinaire — apparaît désormais comme un sursis plutôt qu’un apaisement. Officiellement, l’affaire est close. Officieusement, les lignes de fracture se multiplient.
Plusieurs griefs sont formulés en interne :
-
Une longue absence du territoire national, que beaucoup de militants peinent à comprendre dans un contexte de recomposition politique ;
-
La débâcle aux dernières législatives, où le PDCI a perdu près de la moitié de ses députés ;
-
Un déficit de concertation et d’ancrage local, reproché à une direction jugée trop centralisée.
À cela s’ajoute un débat plus délicat : Tidjane Thiam ne remplissait pas initialement certains critères d’éligibilité interne et aurait été coopté en raison de son ascendance liée à la famille Houphouët-Boigny et de son image d’homme d’affaires international supposé multimilliardaire. Mais dans la pratique, certains cadres l’accusent de ne pas soutenir financièrement le parti à la hauteur des attentes.
Entre héritage et rupture
Depuis la disparition d’Henri Konan Bédié, le PDCI traverse une transition identitaire. Le parti, historiquement structuré autour de réseaux territoriaux puissants et d’un leadership paternaliste, se cherche une nouvelle matrice.
Thiam incarne-t-il une modernisation nécessaire ou une greffe inachevée ?
Son profil technocratique et international rassure une partie des élites urbaines et de la diaspora. Mais il peine à fédérer l’appareil militant traditionnel, notamment dans les bastions historiques.
Le risque d’implosion maîtrisé
Des médiations discrètes seraient en cours pour éviter une fracture ouverte à l’approche des prochaines échéances électorales. Mais la multiplication des prises de position publiques montre que le débat est désormais sorti du huis clos.
Le retrait de la plainte judiciaire a évité une crise formelle. Il n’a pas réglé la crise politique.
À court terme, Tidjane Thiam demeure président du PDCI.
À moyen terme, sa survie politique dépendra de sa capacité à :
-
réconcilier les différentes sensibilités internes,
-
reconstruire une dynamique électorale crédible,
-
et clarifier sa présence et son engagement sur le terrain ivoirien.
Au PDCI, la question n’est plus juridique. Elle est existentielle.
Et elle pourrait redéfinir l’équilibre de l’opposition ivoirienne à l’horizon 2030.






Commentaires Facebook