L’année 2024 restera gravée dans l’histoire du cacao comme celle de tous les records. Portés par des tensions sur l’offre mondiale et une forte spéculation sur les marchés à terme, les prix avaient atteint des niveaux vertigineux, frôlant les 13 000 dollars la tonne à la Bourse de New York. Une envolée spectaculaire qui laissait croire à une nouvelle ère dorée pour les pays producteurs.
Mais les marchés financiers n’ont pas de mémoire sentimentale. En l’espace de quelques mois, le décor a radicalement changé.
La fin de l’euphorie
À partir de la fin de l’été 2025, les signaux se sont inversés. Les récoltes en Côte d’Ivoire et au Ghana – qui représentent à eux deux près des deux tiers de la production mondiale – se sont révélées plus abondantes que prévu. Les craintes de pénurie se sont atténuées. Les fonds spéculatifs, qui avaient massivement parié sur la hausse, ont commencé à se retirer.
Résultat : une correction brutale. En fin d’année 2025, les cours sont retombés autour de 6 000 dollars la tonne, soit près de la moitié de leur valeur un an plus tôt.
Une demande fragilisée
Cette chute ne s’explique pas uniquement par le retour d’une offre plus confortable. La demande, elle aussi, a montré des signes d’essoufflement.
Face à l’augmentation des prix du chocolat dans les rayons, les consommateurs ont réduit leurs achats. Les industriels, confrontés à des coûts de matières premières élevés, ont ajusté leurs recettes : moins de beurre et de poudre de cacao, davantage d’huiles végétales ou de substituts. Un phénomène discret, mais lourd de conséquences pour les pays producteurs.
Une volatilité structurelle
Cette séquence met en lumière une réalité connue mais rarement résolue : la dépendance des économies cacaoyères aux fluctuations des marchés internationaux.
La spéculation amplifie les cycles. Elle alimente les flambées, puis accélère les replis. Entre euphorie et panique, les producteurs se retrouvent souvent à la merci de décisions prises loin des plantations.
Pour la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, l’enjeu dépasse la simple variation des prix. Le cacao reste un pilier économique et social. Chaque retournement de marché impacte les revenus des planteurs, les finances publiques et la stabilité des zones rurales.
Quel modèle pour demain ?
Cette crise pose une question fondamentale : comment sortir de la logique du yo-yo des matières premières ?
La transformation locale accrue, la diversification économique, une meilleure régulation des marchés ou encore des mécanismes de stabilisation des revenus figurent parmi les pistes évoquées depuis des années. Mais leur mise en œuvre reste inégale.
Après l’ivresse des sommets, le marché du cacao rappelle une vérité économique implacable : les matières premières sont cycliques. Et sans stratégie structurelle, chaque pic porte en lui les germes de la prochaine chute.






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