La filière cacao ouest-africaine traverse une zone de fortes turbulences. En Côte d’Ivoire comme au Ghana, les signaux d’alerte se multiplient, révélant des fragilités structurelles dans un secteur pourtant stratégique pour les économies nationales.
Des leaders agricoles brièvement placés en garde à vue
En Côte d’Ivoire, Moussa Koné, président du Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire (Synapci), et Koffi Kanga, à la tête de l’Association nationale des producteurs de café-cacao (Anaproci), ont été placés en garde à vue le 2 février par la brigade de recherche de la gendarmerie. Ils ont été libérés deux jours plus tard, après leur présentation devant un juge du tribunal de première instance d’Abidjan.
À l’origine de cette interpellation : une plainte déposée par Yves Brahima Koné, directeur général du Conseil café-cacao (CCC), pour « diffamation » et « calomnie ». Lors d’une conférence de presse tenue le 24 décembre, les deux responsables syndicaux auraient affirmé que « 700 000 tonnes » de fèves non vendues étaient stockées et que les ports d’Abidjan et de San Pedro étaient engorgés.
Pour le CCC, ces déclarations auraient contribué à une chute des cours mondiaux, causant un préjudice à l’État ivoirien, premier producteur mondial de cacao. Une accusation contestable au regard du calendrier : les prix internationaux avaient déjà amorcé leur baisse dès septembre, en raison d’un recul de la demande dans les pays consommateurs et d’ajustements spéculatifs sur les marchés.
Un climat de défiance
Au-delà du débat sur les chiffres, l’affaire révèle un climat de défiance croissante entre les autorités de régulation et certaines organisations de producteurs. Dans un contexte de volatilité des prix, toute information relative aux stocks ou aux capacités d’exportation devient hautement sensible.
La communication autour des volumes disponibles, des ventes anticipées et des flux portuaires influe directement sur les marchés internationaux, dominés par les anticipations et la psychologie des traders. La question centrale demeure : s’agit-il d’une alerte syndicale sur une situation réelle de saturation, ou d’une divergence d’interprétation sur des données techniques ?
Le Ghana également en difficulté
La crise n’épargne pas le Ghana. Deuxième producteur mondial, le pays fait face à de sérieuses tensions de trésorerie. Les agriculteurs accusent des retards de paiement de plusieurs mois, tandis que les sociétés d’achat agréées (Licensed Buying Companies – LBC) manquent de liquidités.
Le régulateur national, le Ghana Cocoa Board (Cocobod), peine à maintenir son modèle de financement, fragilisé par l’augmentation des coûts d’emprunt et la contraction des recettes d’exportation. Or ce modèle repose largement sur des préfinancements internationaux adossés aux ventes futures, un mécanisme sensible aux fluctuations des prix et aux perceptions de risque.
Une filière stratégique sous pression
Pour la Côte d’Ivoire comme pour le Ghana, le cacao représente bien plus qu’un produit d’exportation : il constitue un pilier budgétaire et social majeur. Toute instabilité dans la filière peut rapidement se transformer en crise économique et politique.
La séquence actuelle met en lumière trois défis essentiels :
la transparence dans la gestion des stocks et des ventes ;
la solidité des mécanismes de financement ;
la protection des revenus des producteurs face à la volatilité mondiale.
Alors que les marchés restent nerveux et que la demande internationale marque le pas, la question n’est plus seulement celle des volumes stockés, mais celle de la gouvernance et de la résilience d’un secteur vital pour l’Afrique de l’Ouest.






Commentaires Facebook