Niamey: Nathalie Yamb, «chevalière de Niamey», au cœur de la guerre de communication du Niger

Le président de la République du Niger, le général d’armée Abdourahamane Tiani, a reçu mercredi en audience officielle Nathalie Yamb, activiste panafricaniste récemment nommée conseillère spéciale du chef de l’État. La rencontre, organisée en présence de membres du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), marque une nouvelle étape dans l’intégration de cette figure médiatique au dispositif politique et communicationnel du régime.

Présentée par l’Agence nigérienne de presse comme « l’Amazone Yennenga » et « chevalière de Niamey », l’Helvético-Camerounaise s’est dite « profondément touchée » par l’honneur qui lui a été fait, remerciant le président, les autorités et le peuple nigérien pour sa nomination ainsi que pour la délivrance d’un passeport diplomatique.

Une nomination au cœur d’une stratégie informationnelle

L’audience intervient quelques jours après l’attaque spectaculaire de l’aéroport international de Niamey, revendiquée par l’État islamique au Grand Sahara (EIGS). Une opération qui a mis en lumière la persistance de la menace jihadiste dans la région, malgré les discours officiels sur la montée en puissance des forces nationales.

Dans ce contexte, la présence active de Nathalie Yamb aux côtés du pouvoir s’inscrit dans une stratégie de contre-narration. Lors de son intervention, l’activiste a salué la « prouesse » des Forces de défense et de sécurité (FDS), qui auraient repoussé les assaillants, tout en relayant l’argumentaire officiel évoquant un « complot » ou une tentative d’« infiltration » orchestrée par des forces impérialistes via des mercenaires.

Ce glissement du registre sécuritaire vers une lecture géopolitique élargie correspond à la ligne adoptée par les autorités de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui inscrivent la lutte contre le jihadisme dans une confrontation plus globale avec des puissances étrangères accusées d’ingérence.

Une « soldate » de la refondation

À Niamey, Nathalie Yamb s’est définie comme « une soldate » et « une combattante de la révolution et de la refondation », reprenant la rhétorique souverainiste du CNSP. Elle était accompagnée d’Abdourahamane Oumarou, dit « Abder », président local de l’ONG Urgences panafricanistes, proche de l’activiste Kemi Seba, lui-même conseiller du président Tiani.

Depuis plusieurs mois, Nathalie Yamb a consolidé sa position dans l’entourage du chef de la junte, devenant l’une des figures internationales les plus visibles du discours néosouverainiste nigérien. Son rôle dépasse désormais le militantisme : elle participe à la mise en récit politique des événements sécuritaires et diplomatiques du pays.

Image internationale et hiérarchie des alliances

Si Niamey lui rend les honneurs, l’activiste continue toutefois d’afficher sur ses réseaux sociaux une forte visibilité de ses engagements internationaux, notamment sa participation au Forum économique de Sotchi en Russie en 2024, toujours mise en avant sur sa page X.

Ce détail illustre la dimension multipolaire du positionnement stratégique du Niger : consolidation d’un axe sahélien via l’AES, rupture avec certains partenaires occidentaux, et rapprochement assumé avec la Russie et d’autres puissances alternatives.

Communication et souveraineté

La séquence politique révèle une réalité plus large : dans le Sahel post-putsch, la bataille sécuritaire se double d’une bataille narrative. Les régimes militaires ne se contentent plus de contrôler le territoire ; ils investissent le champ symbolique et informationnel.

En intégrant des figures militantes à forte audience numérique, le pouvoir nigérien cherche à consolider une légitimité idéologique au-delà de ses frontières, tout en fédérant une opinion publique nationale autour d’un récit de résistance et de souveraineté.

Reste à savoir si cette stratégie communicationnelle pourra compenser durablement les défis sécuritaires persistants auxquels le Niger demeure confronté.

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