Côte d’Ivoire: L’État doit se réapproprier l’émission des passeports

La question peut sembler technique. Elle est en réalité profondément politique et régalienne.

Comment accepter qu’un citoyen ivoirien, ayant payé 40 000 F CFA pour l’établissement de son passeport — document officiel en cours de validité — se voie refuser son usage à l’aéroport au motif qu’il serait « démagnétisé » ? Pire encore : comment justifier qu’on lui demande de débourser à nouveau 40 000 F CFA pour le remplacer ?

Cette situation n’est ni anodine ni acceptable.

Un document régalien, une responsabilité étatique

Le passeport n’est pas un produit commercial. C’est un document d’identité et de souveraineté. Il engage la crédibilité de l’État à l’international, garantit la liberté de circulation du citoyen et matérialise le lien juridique entre la nation et l’individu.

Lorsqu’un passeport présente un défaut technique — démagnétisation, puce défaillante ou altération électronique — la responsabilité ne saurait incomber au citoyen, dès lors que celui-ci n’a commis ni fraude ni dégradation volontaire.

Faire payer une seconde fois revient à transférer sur l’usager le coût d’un dysfonctionnement technique ou industriel.

La question de la délégation

Depuis plusieurs années, la production des passeports ivoiriens est confiée à un opérateur privé. Ce modèle, justifié au départ par des impératifs de modernisation et d’efficacité technologique, soulève aujourd’hui des interrogations.

Un service régalien peut-il être traité comme une prestation commerciale classique ?

Lorsque des incidents surviennent, qui assume la responsabilité politique et financière ? L’État ? Le prestataire ? Ou, de facto, le citoyen ?

Le flou sur ces responsabilités alimente un sentiment d’injustice.

Un principe simple : on ne paie pas deux fois pour le même droit

Le principe devrait être clair : un défaut technique non imputable au titulaire doit donner lieu à un remplacement gratuit.

Au-delà du cas individuel, c’est une question de confiance institutionnelle. Si l’État garantit la qualité et la fiabilité des documents qu’il délivre — directement ou via un prestataire — il doit également garantir leur remplacement sans frais en cas de défaillance technique.

Le citoyen n’est pas un client captif. Il est détenteur d’un droit.

Reprendre la main

La réappropriation de l’émission des passeports par l’État ne signifie pas nécessairement l’exclusion de tout partenaire technique. Mais elle implique :


  • une supervision publique renforcée,



  • une transparence sur les coûts et les marges,



  • des mécanismes de recours pour les usagers,



  • et surtout une protection claire contre la double facturation.


Dans un contexte où le pouvoir d’achat est une préoccupation majeure, 40 000 F CFA représentent une somme significative pour de nombreux Ivoiriens.

Un État fort ne se mesure pas seulement à ses infrastructures ou à ses indicateurs macroéconomiques. Il se mesure aussi à la manière dont il protège ses citoyens dans les situations concrètes du quotidien.

Le passeport est un symbole de souveraineté. Il doit aussi être un symbole de responsabilité.

Avec Soumahoro Yaya

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