La décision n°003-26/2026 du Conseil du Café-Cacao (CCC), portant agrément d’exportateurs de produits hors normes, déchets et résidus de cacao au titre de la campagne 2025-2026, soulève de sérieuses interrogations. Non pas tant sur son fond juridique, que sur son calendrier, inhabituel et potentiellement révélateur de tensions profondes dans la filière cacao ivoirienne.
Un calendrier qui rompt avec les usages établis
Traditionnellement, le processus d’agrément des exportateurs obéit à une chronologie bien connue des acteurs du secteur :
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Première liste : publiée en septembre, en amont de la campagne principale ;
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Liste complémentaire : publiée en général en décembre, pour ajuster le dispositif.
Or, cette fois-ci, une nouvelle liste apparaît en février, soit en milieu de campagne, dans un contexte marqué par :
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une crise structurelle du cacao (baisse des volumes payés et vendus, stress sur l’offre),
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une tension extrême sur les prix internationaux,
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et une forte spéculation sur les contrats disponibles.
Ce décalage temporel interroge : pourquoi maintenant ?
Une liste complémentaire… mais pour quel accès au marché ?
Selon les règles du marché, les exportateurs agréés en septembre ou décembre bénéficient généralement :
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de ventes anticipées,
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de contrats de couverture leur permettant d’acheter du cacao dès le début de la campagne (octobre-novembre).
Les entreprises figurant sur cette liste de février n’ont, par définition, pas participé aux ventes anticipées de l’année précédente. Elles ne peuvent donc, en théorie :
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ni acheter du cacao dès le début de la campagne,
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ni honorer des contrats export classiques avant une certaine période.
Deux hypothèses se posent alors :
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Ces exportateurs ne pourront réellement acheter du cacao qu’à partir d’avril, lorsque les disponibilités hors contrats se libèrent ;
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Ou bien le CCC s’apprête à leur attribuer des contrats spécifiques couvrant la période janvier–mars, ce qui poserait une question majeure d’équité et de transparence vis-à-vis des opérateurs déjà installés.
Dans les deux cas, le flou demeure.
116 exportateurs… : nécessité économique ou ajustement politique ?
L’agrément de 116 exportateurs dans un marché déjà sous pression interpelle.
L’ajout de nouveaux acteurs peut :
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accentuer la concurrence sur des volumes déjà rares,
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déséquilibrer les mécanismes de fixation interne,
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créer une pression supplémentaire sur les producteurs et les intermédiaires.
Dès lors, la question centrale demeure :
s’agit-il d’un ajustement technique dicté par les réalités du marché, ou d’une décision opportuniste répondant à d’autres considérations ?
Une décision légale, mais politiquement et économiquement sensible
Sur le plan juridique, la décision s’appuie sur des textes clairs et régulièrement invoqués. Mais sur le plan économique et stratégique, elle intervient à un moment où :
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la filière est fragilisée,
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les marges de manœuvre sont réduites,
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la confiance entre acteurs est mise à rude épreuve.
Publier une liste complémentaire en février, sans communication claire sur :
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l’accès réel au cacao,
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les mécanismes contractuels envisagés,
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et l’impact sur les exportateurs déjà agréés,
revient à ouvrir un champ de spéculations et de suspicions.
Une urgence : la clarification
Face à cette situation, le Conseil du Café-Cacao gagnerait à :
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clarifier publiquement le statut opérationnel de ces nouveaux exportateurs,
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expliquer le mécanisme d’approvisionnement prévu,
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et rassurer sur le respect des règles d’équité et de concurrence.
Car dans une filière aussi stratégique que le cacao, le calendrier n’est jamais neutre. Et en période de crise, chaque décision, surtout lorsqu’elle est inhabituelle, mérite explication.







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