Tourisme et transport aérien / Pourquoi les billets d’avion restent chers en Côte d’Ivoire malgré l’essor du « low cost »

Par Antoine Kemonsei

Abidjan est aujourd’hui l’un des hubs aériens les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest. Avec l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny, la montée en puissance d’Air Côte d’Ivoire et l’intérêt croissant des compagnies étrangères, le trafic aérien progresse. Pourtant, un vol Abidjan–Dakar, Abidjan–Accra ou Abidjan–Lomé coûte parfois plus cher qu’un vol Abidjan–Paris. Un paradoxe qui interroge : pourquoi le modèle low cost peine-t-il à faire baisser les prix en Côte d’Ivoire ?

Un marché prometteur mais structurellement contraint

La Côte d’Ivoire est un moteur économique régional, avec une forte mobilité d’affaires, diplomatique et touristique. Le pays ambitionne de devenir un hub aérien régional. Mais le ciel ivoirien reste l’un des plus chers d’Afrique, ce qui limite la démocratisation du voyage aérien.

1. Le poids écrasant des taxes et redevances

En Côte d’Ivoire, les taxes, redevances et frais aéroportuaires peuvent représenter 30 à 40 % du prix du billet. À cela s’ajoutent : redevances d’atterrissage, frais de sûreté, taxes passagers, coûts de handling élevés. Même une compagnie low cost ne peut proposer des tarifs bas si l’État et les structures aéroportuaires prélèvent une part aussi importante.

2. Le carburant aviation reste trop cher

Le kérosène en Côte d’Ivoire est soumis à des coûts logistiques et fiscaux élevés. Alors que le carburant représente jusqu’à 30 % des charges d’une compagnie, cette pression empêche toute baisse durable des tarifs.

3. Un marché régional encore peu intégré

Malgré la CEDEAO et la Décision de Yamoussoukro, l’espace aérien ouest-africain reste fragmenté. Certaines lignes sont protégées, les droits de trafic sont limités, ce qui empêche une concurrence réelle et maintient des prix élevés.

4. Des infrastructures pas encore adaptées au low cost

L’aéroport d’Abidjan est moderne, mais conçu pour un modèle classique, avec des coûts d’exploitation élevés. Il n’existe pas encore de terminal à bas coûts ou d’aéroports secondaires réellement dédiés au low cost.

5. Une dépendance aux devises étrangères

Les pièces, la maintenance, les avions et parfois le personnel sont payés en dollars ou en euros. La moindre fluctuation du franc CFA face à ces monnaies augmente mécaniquement le coût des billets.

Quelles pistes pour la Côte d’Ivoire ?

Pour rendre l’avion accessible aux Ivoiriens et aux touristes régionaux, plusieurs leviers existent :

Réduction ciblée des taxes aériennes

Harmonisation CEDEAO des politiques aéroportuaires

Création d’un terminal low cost à Abidjan ou San-Pedro

Développement de hubs régionaux secondaires

Partenariats public-privé pour réduire les coûts

Conclusion

La Côte d’Ivoire ne manque ni de demande, ni d’ambition aérienne.Mais sans réforme du cadre fiscal, réglementaire et infrastructurel, le low cost restera un slogan plutôt qu’une réalité. Rendre le ciel ivoirien accessible, c’est accélérer le tourisme, les échanges et l’intégration régionale.

Antoine Kemonsei Expert en développement touristique

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