Ces dernières années, la Côte d’Ivoire a transformé l’accès à l’électricité, autrefois un rêve lointain, en un grand projet national. Les lignes électriques s’étendent toujours plus loin dans les zones rurales, des sous-stations électriques surgissent là où, jusqu’à récemment, seules les lampes à pétrole éclairaient les soirées. Pour les autorités, c’est un signe de modernisation, pour les entreprises, un nouveau marché, et pour les villageois, un véritable changement de mode de vie.
« Avant, je fermais la boutique juste après le coucher du soleil », raconte le propriétaire d’une petite boutique près de Bouaflè. « Maintenant, je travaille jusqu’à 22 heures. Les gens viennent recharger leur téléphone, certains restent pour regarder le foot. Mon chiffre d’affaires a presque doublé récemment. »
L’électricité au village : ce qui change pour les habitants
L’arrivée d’une électricité stable au village transforme profondément le quotidien. Les réfrigérateurs permettent de conserver les aliments plus longtemps et les familles dépendent moins des allers-retours quotidiens au marché. Ventilateurs, téléviseurs et éclairage font leur apparition dans chaque pièce, soulageant ainsi la santé et le bien-être des habitants habitués à la chaleur et à l’obscurité. Ces projets d’électrification bénéficient souvent du soutien de plateformes de divertissement en ligne, comme casino tortuga.
Pour les enfants, les soirées plus lumineuses se traduisent immédiatement par plus de temps d’étude. Les enseignants constatent que les élèves sont moins souvent absents et mieux préparés aux examens. « Mon fils s’endormait souvent sur son cahier car la lampe fumait et lui piquait les yeux », raconte un habitant d’un village près de Yamoussoukro. « Maintenant, il allume sa lampe de bureau et étudie tranquillement jusqu’à l’heure prévue. »
Qui bénéficie de ce regain d’énergie ?
Les principaux bénéficiaires de l’extension du réseau électrique sont les familles rurales et les petites entreprises. Cela ouvre la voie à l’ouverture d’ateliers de réparation, de petits cafés, de centres de communication et de services d’impression de documents. L’électricité dynamise les marchés locaux, incite les habitants à rester dans leurs villages et réduit progressivement les inégalités entre les zones rurales et urbaines.
L’État en profite également : le nombre d’entreprises officiellement enregistrées augmente, les recettes fiscales progressent et la confiance des investisseurs se renforce. Les entreprises énergétiques bénéficient de nouvelles sources de revenus grâce au raccordement de dizaines de milliers d’abonnés. À l’échelle internationale, le pays peut s’appuyer sur cette expérience pour démontrer comment les projets d’infrastructure peuvent stimuler le développement social.
Nouvelles perspectives pour l’éducation et la médecine
Les écoles et les centres de santé dépendent fortement de l’accès à l’électricité. Les dispensaires ruraux peuvent désormais stocker plus facilement les vaccins et les médicaments, utiliser du matériel de laboratoire de base et maintenir des réfrigérateurs pour le sang et les médicaments. Les enseignants peuvent utiliser des projecteurs, des ordinateurs portables, des vidéos pédagogiques et des présentations, ce qui rend les cours plus visuels et interactifs.
« Avant, nous ne vaccinions que le matin, jusqu’à ce que la glace dans les conteneurs fonde », se souvient une infirmière du district de Bondoukou. « Maintenant, nous avons un réfrigérateur et nous pouvons programmer des rendez-vous tout au long de la journée sans nous soucier de la qualité des vaccins. »
Qui est perdant ?
Cette explosion énergétique a ses inconvénients. Tous les villageois ne peuvent pas payer rapidement les frais de raccordement et les factures mensuelles. Pour certaines familles, le coût de l’électricité pèse lourdement sur leur budget, et elles consomment l’électricité au minimum, vivant de fait dans une semi-obscurité. Dans certains endroits, les tarifs et les frais de raccordement sont perçus comme tout à fait injustes.
Les zones où le réseau arrive tardivement ou de manière incomplète souffrent également. Si un village voisin est déjà raccordé et se développe considérablement, tandis que le vôtre attend toujours un transformateur, le ressentiment ne fait que croître. Les jeunes de ces zones partent rapidement vers des endroits où l’électricité est disponible depuis longtemps et où de nouveaux emplois sont créés.
Risques environnementaux et sociaux
L’expansion du secteur énergétique nécessite du combustible, de nouvelles lignes et des chantiers. Là où la production d’électricité repose encore sur les énergies fossiles, l’impact environnemental s’accroît considérablement. Le bruit, l’abattage d’arbres pour les lignes électriques et les camps de travailleurs temporaires modifient le paysage et les habitudes des riverains.
Parfois, les infrastructures arrivent plus vite que les mécanismes de contrôle. Des tribunes extérieures pour les matchs et des bars à la musique forte fleurissent dans les villages, ce qui ne plaît pas toujours aux personnes âgées. « Je suis content qu’on ait l’électricité, mais parfois, à trois heures du matin, la musique est encore à fond », se plaint un agriculteur de la périphérie de San Pedro. « Les jeunes ne savent pas s’arrêter et la police ne vient pas souvent. »
Nouvelle énergie et inégalités persistantes
Se raccorder au réseau électrique ne suffit pas à éliminer les inégalités sociales. Les plus aisés peuvent immédiatement acheter des appareils électroménagers, installer des panneaux solaires comme source d’énergie de secours et investir dans de petits ateliers et services. Les familles pauvres, quant à elles, se contentent souvent d’une simple ampoule et d’un chargeur de téléphone, restant ainsi vulnérables aux hausses de tarifs et aux coupures de courant.
Lors de l’attribution des projets, les régions jouissant d’une plus grande influence politique et de bonnes relations avec le pouvoir central sont souvent les grandes gagnantes. Les villages situés dans des zones reculées, au relief accidenté ou aux routes en mauvais état, peuvent attendre beaucoup plus longtemps que prévu avant d’être raccordés. De ce fait, la révolution énergétique risque non pas de détruire les anciens rapports de force, mais au contraire de les consolider et de les rendre encore plus visibles.
Paroles de citoyens : espoirs et doutes
L’opinion publique concernant le programme d’électrification reste mitigée. Plusieurs réactions typiques se dégagent :
- Enthousiasme et confiance dans les nouvelles perspectives offertes aux enfants et aux petites entreprises ;
- Optimisme prudent : « L’essentiel, c’est que les tarifs n’augmentent pas trop vite » ;
- Déception face aux retards, aux coupures et aux frais cachés.
« Nous avons attendu cinq ans pour avoir l’électricité, et quand l’éclairage public s’est enfin allumé, tout le village était en fête », se souvient un jeune entrepreneur qui a ouvert un salon de coiffure. « Mais un mois plus tard, la première facture est arrivée, et j’ai compris que je devais travailler tous les jours, sept jours sur sept, pour la payer.»
Ce qui est important pour un avenir juste
Pour que la montée en puissance de l’énergie devienne un système de soutien et non une source de nouveaux conflits, des règles claires et stables sont indispensables. Des tarifs transparents, des subventions ciblées pour les plus démunis et des programmes de formation à une utilisation sûre et efficace de l’électricité contribuent à apaiser les tensions. Il est tout aussi important de discuter au préalable avec les habitants de l’emplacement précis des lignes électriques et des rues et infrastructures publiques qui seront raccordées en premier, afin qu’ils se sentent acteurs de la solution et non cobayes.
Une approche prometteuse consiste à combiner le réseau public avec de petites sources locales : installations solaires et mini-stations. Ces dernières peuvent être utiles en cas d’urgence, réduire la dépendance aux grands fournisseurs d’énergie et renforcer l’autonomie des communautés. Si de telles solutions étaient accessibles non seulement aux grands investisseurs mais aussi aux coopératives rurales, les populations auraient le sentiment de maîtriser leur énergie, au lieu de simplement attendre une aide extérieure.
La percée ivoirienne dans le secteur énergétique transforme déjà le visage du pays, mais la répartition des bénéfices est loin d’être équitable. Pour certains, l’électricité au foyer est devenue le symbole d’un progrès longtemps attendu, tandis que pour d’autres, elle rappelle que même une simple ampoule dépend de décisions économiques et politiques majeures. La manière dont les fruits de cette transformation seront partagés déterminera si l’électricité dans chaque village deviendra le fondement d’un avenir commun ou une nouvelle source de division.






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