En Côte-d’Ivoire, le changement promis se heurte à la permanence du pouvoir

Lors de son investiture pour un quatrième mandat, Alassane Ouattara avait solennellement évoqué l’ouverture d’un nouveau cycle, marqué par une « transmission générationnelle ». À 84 ans, après quinze années à la tête de l’État, le président ivoirien semblait reconnaître la nécessité de préparer l’après-Ouattara. Mais la composition du premier gouvernement de ce nouveau mandat, annoncée le 23 janvier, raconte une tout autre histoire.

La nouvelle équipe gouvernementale s’inscrit presque intégralement dans la continuité. Le premier ministre Robert Beugré Mambé est reconduit, tout comme l’écrasante majorité des ministres sortants. Sur trente-quatre membres du gouvernement, vingt-neuf figuraient déjà dans l’équipe précédente. Le signal de renouveau attendu par une partie de l’opinion, notamment la jeunesse, n’est donc pas au rendez-vous.

La principale nouveauté réside dans la création d’un poste inédit de vice-premier ministre, confié à Téné Birahima Ouattara, frère cadet du chef de l’État, qui conserve en parallèle le portefeuille stratégique de la Défense. Cette promotion, loin d’être anodine, est largement interprétée comme un resserrement du pouvoir exécutif autour du noyau familial présidentiel. Figure discrète mais centrale du régime, Téné Birahima Ouattara est depuis longtemps considéré comme l’un des hommes les plus influents du système, dépositaire des dossiers les plus sensibles de l’État.

Dans les cercles politiques, cette élévation hiérarchique alimente les spéculations. Certains y voient une étape intermédiaire vers la primature, d’autres un positionnement plus lointain en vue de la présidentielle de 2030. Quoi qu’il en soit, le message envoyé est clair : la transition annoncée ne se fera ni dans la rupture ni dans l’élargissement du champ politique, mais dans la continuité d’un pouvoir étroitement maîtrisé.

Ce choix traduit une stratégie assumée : privilégier la stabilité interne et la fidélité des hommes dans un environnement régional marqué par l’instabilité sécuritaire et les coups d’État. Mais il pose aussi une question centrale pour l’avenir démocratique du pays : peut-on réellement parler de transmission générationnelle lorsque les leviers essentiels du pouvoir restent concentrés entre les mêmes mains ?

En définitive, ce gouvernement apparaît moins comme celui du renouveau que comme celui du verrouillage. Le changement promis se transforme en continuité organisée, repoussant à plus tard — sans garanties — l’émergence d’une nouvelle génération politique capable d’incarner l’après-Ouattara.

Avec Lemonde.fr

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