Côte d’Ivoire : Adjoumani et Bictogo, descente aux enfers de deux poids lourds du RHDP ?

En l’intervalle de moins d’une semaine, deux cadres de tout premier plan du RHDP ont été contraints de rendre les armes, illustrant la brutalité des rapports de force au sommet de l’État ivoirien à l’approche de la succession présidentielle.

Bictogo, la faute politique fatale

Premier à tomber : Adama Bictogo, jusque-là président de l’Assemblée nationale. Il a été contraint de céder le perchoir à Jérôme Patrick Achi, après une séquence politique lourde de conséquences.

À l’origine de sa disgrâce, ce qui est présenté dans les cercles du pouvoir comme un crime de lèse-majesté. En marge d’une rencontre à l’Élysée avec le président Emmanuel Macron, Adama Bictogo aurait osé déclarer, dans l’enceinte même du palais présidentiel français, qu’il était prêt à succéder au président Alassane Ouattara si le devoir l’y appelait.

Dans l’entourage du chef de l’État, la sentence est sans appel :

« C’est tuer le chef avant sa mort. »

La suite s’est déroulée comme un mécanisme implacable. Multiplication d’enquêtes visant le groupe SNEDAI, dont le directeur administratif et financier serait en fuite ; menaces judiciaires pesant sur sa fille et ses deux jeunes frères, tous dirigeants du groupe ; redressement fiscal visant la société lagunaire STL, contrainte de fermer plusieurs semaines à la fin de l’année dernière.

Selon nos informations, Adama Bictogo traînerait également une dette estimée à près de deux millions d’euros envers des sociétés hollandaises, aggravant une situation personnelle et financière devenue extrêmement fragile.


Adjoumani, la loyauté en question

Le second choc est intervenu avec la chute de Kobena Kouassi Adjoumani, ancien ministre de l’Agriculture, porte-parole du RHDP et figure politique incontournable du Zanzan, longtemps surnommé le taureau de la région.

Peu visible durant la dernière campagne présidentielle, Adjoumani paie aujourd’hui un déficit de loyauté que le pouvoir n’a jamais réellement oublié.
Selon plusieurs sources concordantes, le doute remonterait à 2020, où, en privé — et parfois sous l’effet de l’alcool — il se serait toujours revendiqué PDCI plutôt que RHDP.

À ces soupçons anciens est venue s’ajouter la grave crise de la filière cacao, dont il porte désormais une part de la responsabilité politique. La conjonction de ces facteurs a rendu sa position intenable.

Plus grave encore, selon nos informations, Adjoumani aurait procédé à d’importants transferts financiers vers des banques européennes, par crainte d’une fin brutale du régime. Une stratégie de protection patrimoniale interprétée, au sommet de l’État, comme un aveu de défiance.

Déjà affaibli, marchant sur la pointe des pieds, la tourmente actuelle du cacao aura été l’élément déclencheur qui a précipité sa chute.


Un message clair envoyé aux élites du RHDP

Au-delà des cas personnels, ces deux évictions successives traduisent un durcissement du système de contrôle politique. À l’approche de la question centrale de la succession d’Alassane Ouattara, aucune ambiguïté, aucune ambition prématurée, aucune loyauté douteuse ne semble désormais tolérées.

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