Gouvernement d’ouverture: une démarche sans conséquence pour le président Ouattara, mais risquée pour l’opposition

Dans l’attente du nouveau gouvernement, l’idée d’un gouvernement d’ouverture circule de plus en plus. La presse a fait état d’une rencontre entre Tidjane Thiam et le président Ouattara pendant son récent séjour parisien. Le parti de Tidjane Thiam n’a pas démenti la rencontre, ni une éventuelle participation au prochain gouvernement. Toutefois, le porte-parole a laissé entendre que le parti « n’entendait pas se laisser fagociter ».

Quant à l’ex-président Laurent Gbagbo, son directeur de cabinet, dans une interview à une chaîne locale, avait laissé entendre que « le parti avait l’intention d’approcher les autorités sans confrontation, pour réfléchir ensemble à ce qui est bon pour le pays ». Ceci a amené plusieurs à envisager la présence de cadres du ppa-ci dans le prochain gouvernement. Mais une mise au point est intervenue avec le président exécutif, qui a exclu toute participation du parti au prochain exécutif, au motif que cela  » reviendrait à reconnaître le quatrième mandat ».

La mise en place dans de gouvernements d’union nationale, d’ouverture, de cohésion, de réconciliation, d’entente, etc……. est sur le papier une bonne chose, mais dans les faits cela n’est pas toujours gage de stabilité. Lorsque le premier ministre et le président sont d’obédience différente, la question de savoir qui est vraiment « aux commandes » peut se poser. Si le président et le PM sont du même parti, les ministres qui n’en sont pas membres sont toujours « surveillés », car vus comme des « corps étrangers ».

La participation de ministres de divers partis à un gouvernement d’ouverture n’efface pas les lignes de fracture qui existent. Avec l’approche des échéances électorales, la billégenrence reprend parce que le but suprême de tout parti c’est de gouverner, et seul si possible. Généralement l’éclatement d’un gouvernement d’ouverture est synonyme de crise. En Europe, cela se résout par des élections anticipées. En Afrique , les conséquences sont beaucoup plus dramatiques.

Aujourd’hui, après la présidentielle et les législatives, il y a de la clarté, et visiblement le président Ouattara semble désormais prêt à ouvrir le gouvernement aux cadres de l’opposition. Cette ouverture sera sans conséquence pour son pouvoir, ce qui n’aurait pas été le cas si elle était intervenue avant la présidentielle. L’opposition réclamait alors un « dialogue politique », derrière ce terme qui paraissait rassembleur, c’était une remise à plat de la CEI qui était visée. Elle aurait entraîné un report de la présidentielle, et donc la mise en place d’un gouvernement intérimaire pour gérer le pays car les institutions auraient perdu leur légitimité au-delà de la date constitutionnelle de l’élection présidentielle.

Ainsi une ouverture avant la présidentielle aurait généré de la confusion. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, le président Ouattara peut donc se montrer magnanime. Il ne prend aucun risque en offrant quelques postes gouvernementaux aux partis de l’opposition. Ceux-ci en revanche prennent un risque en acceptant, celui de voir se démobiliser une partie de leur base, mais aussi le risque que les cadres qui entrent au gouvernement retournent leur veste et adhèrent au parti présidentiel. En 2017, lorsque le président Bédié a demandé aux ministres issus de son parti de quitter le gouvernement, son appel fut ignoré. La quasi totalité ( 17 ministres y compris le premier ministre ) est restée, pour se fondre plus tard dans le parti présidentiel, une hémorragie qui a coûté au pdci plusieurs bastions qu’il n’a pas totalement récupéré depuis.

Douglas Mountain

oceanpremier4@gmail.com

Le Cercle des Réflexions Libérales

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