Tribune / Annexe Fiscale 2026 : Quand l’État organise la cherté de la vie

Par Wouhonon Dobré Sarah

Depuis plusieurs jours, l’Annexe Fiscale 2026 alimente inquiétudes et indignations au sein de l’opinion publique. À juste titre. Derrière le langage technocratique de la “mobilisation des ressources” et de la “rationalisation fiscale”, se cache une réalité brutale : l’année 2026 sera celle de tous les renchérissements, et les Ivoiriens ordinaires en paieront le prix fort.

En 2026, l’État ivoirien a décidé que le peuple devait payer plus pour vivre moins.

  • MANGER DEVIENT UN LUXE : LA FISCALITÉ FRAPPE L’ASSIETTE DES IVOIRIENS

L’article 6 de l’Annexe Fiscale 2026 supprime plusieurs exonérations de TVA et applique le taux de droit commun de 18 % aux aliments pour bétail, animaux de basse-cour, intrants et emballages. Cette mesure, présentée comme technique, a des conséquences directes et immédiates :
Le kilo de viande augmente de 700 à 1.000 FCFA.

Bœuf, mouton, porc, poulet toute la chaîne est concernée. Même si la TVA sur l’aliment de volaille a été temporairement suspendue à la suite de la mobilisation de la filière avicole, l’essentiel demeure. La production alimentaire est fiscalement asphyxiée et le consommateur final paiera la facture.

Dans un pays où une large majorité des ménages vit avec moins de 3.000 FCFA par jour, taxer ce que les populations mangent relève d’une violence sociale institutionnalisée.

  • SE DÉPLACER COÛTE PLUS CHER : L’ÉTAT TAXE LA MOBILITÉ

Avec l’article 30, le gouvernement impose désormais aux propriétaires de véhicules utilisant les plateformes de VTC (Yango, Uber…) le paiement obligatoire de la patente transport, conditionnant même l’inscription ou la réinscription sur les plateformes à la preuve de paiement.

Cette mesure, officiellement justifiée par les difficultés de recouvrement du prélèvement de 4 %, aura un effet mécanique :
Augmentation des tarifs des courses,
Réduction de l’accessibilité à un moyen de transport devenu essentiel pour de nombreux travailleurs urbains.

Une fois encore, le citoyen trinque, pendant que l’État reconnaît implicitement son incapacité à faire respecter ses propres dispositifs antérieurs.

  • DORMIR, VOYAGER, TRAVAILLER : LA TAXE DE TROP SUR LES NUITÉES

L’article 15 institue une taxe communale de nuitée, applicable à tous les hôtels et résidences meublées, sur l’ensemble du territoire national :

  • 500 FCFA pour les hôtels sans étoile,
  • jusqu’à 2.000 FCFA pour les hôtels de trois étoiles et plus,
  • 300 à 1.000 FCFA pour les résidences meublées selon les zones.

Qu’il s’agisse d’un fonctionnaire en mission, d’un travailleur en déplacement, d’un étudiant ou d’un simple citoyen, chaque nuit passée hors de chez soi devient une opportunité fiscale pour l’État, sans aucune garantie d’amélioration des infrastructures touristiques ou communales.

  • CULTURE ET ARTISTES : TAXER LA CRÉATIVITÉ

L’article 1 étend la retenue à la source de 7,5 % sur les cachets bruts à l’ensemble des artistes et intervenants non-salariés du spectacle et des productions audiovisuelles.

Mariages, anniversaires, concerts, prestations scolaires, animations culturelles : tout est désormais fiscalisé. Même la culture populaire devient une source de prélèvement, dans un pays où les artistes vivent déjà dans une grande précarité.

Cette mesure menace directement :

  • L’économie culturelle,
  • L’emploi artistique,
  • La vitalité sociale et communautaire.
  • LOGEMENT : LA TRIPLE PEINE POUR LE CITOYEN

Avec l’article 34 et l’article 16, la taxe de voirie, d’hygiène et d’assainissement est consolidée et étendue. Désormais, elle pèsera non seulement sur les propriétaires, mais aussi sur les occupants et locataires, alors même que ces derniers :

  • Paient déjà la taxe d’ordures via la facture CIE,
  • Subissent la hausse continue des loyers,
  • Ne bénéficient pas d’un service public d’assainissement à la hauteur des prélèvements.

Alors que l’Etat peine à faire valoir la décision sur les conditions de garantie du logement (2mois de caution et 2 mois d’avance) des citoyens, le citoyen paie, encore et encore, pour des services qu’il ne voit pas.

  • START-UP NUMÉRIQUES : DEUX POIDS, DEUX MESURES

Pendant que les ménages sont pressurés, l’article 35 instaure un régime fiscal de faveur pour les start-ups numériques labellisées :

  • Exonération d’impôt sur les bénéfices,
  • Exonération de cotisations forfaitaires,
  • Exonération de taxes bancaires.

Le problème n’est pas le soutien à l’innovation. Le problème, c’est l’opacité des critères de labellisation, le risque de clientélisme et la création de niches fiscales sélectives, au moment où l’effort est exigé des plus faibles.

L’Annexe Fiscale 2026 n’est pas une simple réforme technique. C’est une fiscalité contre le pouvoir d’achat.

MON APPEL

Peuple ivoirien,
Ivoiriennes et Ivoiriens de toutes conditions,

L’Annexe Fiscale 2026 marque un tournant dangereux. Elle organise méthodiquement la cherté de la vie, fragilise le pouvoir d’achat et fait peser l’essentiel de l’effort fiscal sur ceux qui peinent déjà à survivre. Manger, se déplacer, se loger, travailler, créer, tout est désormais taxé.

Face à cette injustice sociale, nous refusons la résignation. Nous lançons un appel solennel à la mobilisation citoyenne, pacifique et responsable pour dénoncer l’Annexe Fiscale 2026 et exiger sa révision profonde.

Nous exigeons :

  • La suspension des mesures fiscales qui frappent les produits de première nécessité ;
  • Une fiscalité équitable qui protège les couches populaires et moyennes ;
  • Un dialogue national inclusif sur la politique fiscale et le coût de la vie.

Le peuple ivoirien n’est pas une variable d’ajustement budgétaire. Le développement ne peut se faire au prix de la faim, de la précarité et de l’injustice.

Trop, c’est trop.
Levons-nous, parlons d’une seule voix et disons NON à une fiscalité qui appauvrit le peuple.

Pour une Côte d’Ivoire juste, solidaire et digne.
La mobilisation commence maintenant.

Wouhonon Dobré Sarrah, Présidente du mouvement citoyen Ensemble pour la Cohésion et le Développement (ECODE)

Présidente de la Génération GBAGBO Laurent

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