Par Dr Touré

Le discours de Patrick Achi à l’ouverture de la première session ordinaire demeure profondément centré sur l’exécutif dans sa logique institutionnelle. L’Assemblée nationale y est pensée avant tout comme un instrument de stabilisation, de mise en œuvre et de validation d’une vision présidentielle déjà définie, plutôt que comme un espace autonome de délibération, de contradiction et de contrôle démocratique. La référence récurrente à la séparation des pouvoirs entre en tension manifeste avec une rhétorique qui subordonne explicitement l’action législative à la vision et à l’agenda du chef de l’État. Loin de dissiper les interrogations sur l’indépendance du Parlement, ce discours tend au contraire à les formaliser, en érigeant l’alignement comme vertu cardinale et l’autonomie institutionnelle comme accessoire.Ce positionnement tranche nettement avec les premiers discours de grands Speakers de la Chambre des représentants aux États-Unis, qui, quelles que soient leurs appartenances partisanes, ont historiquement affirmé avec force la primauté institutionnelle du Congrès face à l’exécutif. Qu’il s’agisse de Sam Rayburn, Tip O’Neill, Newt Gingrich ou Nancy Pelosi, ces discours inauguraux ont systématiquement insisté sur la Chambre comme pouvoir constitutionnel distinct, doté de prérogatives propres, appelé à coopérer avec l’exécutif sans jamais s’y dissoudre. Aux États-Unis, le Speaker fonde sa légitimité sur la Chambre elle-même, sur ses règles, ses commissions et sa capacité à organiser le débat, y compris contre un président issu du même camp politique. La loyauté y est institutionnelle avant d’être personnelle.Le contraste est donc saisissant. Là où les grands Speakers américains ont utilisé leur première prise de parole pour affirmer l’autonomie, la dignité et la responsabilité du pouvoir législatif, le discours de Patrick Achi inscrit d’emblée l’Assemblée nationale dans une relation de dépendance symbolique et fonctionnelle à l’exécutif. Cette divergence n’est pas seulement stylistique ; elle révèle deux conceptions opposées du Parlement : l’une comme contre-pouvoir structurant, l’autre comme prolongement ordonné du pouvoir présidentiel. C’est à ce niveau, plus que dans les intentions déclarées, que se joue la question fondamentale de la maturité démocratique et de la crédibilité institutionnelle du pouvoir législatif.
Dr Touré Aboubacar






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