Longtemps connu du grand public à la faveur d’un gag de téléréalité, le village de Ménékré, à une quinzaine de kilomètres de Gagnoa, niché dans le canton Niabré, porte désormais une renommée singulière. La localité attire aujourd’hui l’attention pour une autre raison, bien plus profonde, celle de la longévité exceptionnelle de certains de ses habitants, dont plusieurs ont franchi, ou frôlé, la mythique barre des 100 ans.
Dans les ruelles paisibles bordées de cases et de maisons en banco, les anciens racontent avec émotion l’histoire de ces doyens qui ont marqué la mémoire collective. Le plus célèbre d’entre eux reste sans conteste Célestin Kady, surnommé « Dr vis-à-vis » ou encore « Vieux Ménékré ». Né en 1906, au tout début du XXe siècle, il s’est éteint le 17 février 2024, à l’âge vénérable de 118 ans. Personnage haut en couleur, au verbe imagé et à la sagesse populaire, il avait été révélé au grand public en 2004 dans l’émission satirique Du coq à l’âne de l’animateur John Zahibo Jay. Naturothérapeute, il s’était rendu célèbre par ses formules devenues cultes, notamment cette maxime restée dans les mémoires : « Personne ne connaît le jour de son jour. »
À côté de lui, un autre centenaire a longtemps vécu dans l’ombre : Opokou Gilbert, décédé fin 2023 à un âge estimé entre 105 et 110 ans. « L’aura de Dr vis-à-vis a éclipsé celle de son ami, mais le vieux Opokou comptait beaucoup pour nous », confie Blégbo Angénor, ancien chef-résident du village. Aujourd’hui encore, Ménékré compte parmi ses habitants une femme dont l’âge suscite admiration et débats.
Il s’agit de Djokouri Zikpohon Cécile, venue du village voisin de Grèbré. Droite sur ses jambes, autonome dans ses gestes quotidiens, elle se déplace seule et participe encore aux activités domestiques. Son âge est estimé entre 110 et 115 ans. Son fils, Blégbo Zohouri Daniel, 78 ans, fonde cette estimation sur un repère familial précis : sa mère était déjà adulte lorsqu’elle vint assister sa sœur aînée, à Ménékré, lors de la naissance de Gboglo Anatole, aujourd’hui âgé de 95 ans. « Si Anatole a 95 ans, ma mère doit logiquement avoir plus de 110 ans », affirme-t-il avec conviction.
Quels sont donc les secrets de cette longévité qui semble bénir ce village ? Célestin Kady en livrait quelques-uns de son vivant : une alimentation simple, à base de poisson sec et de viande fumée, et surtout une activité physique intense. Chaque jour, il parcourait à pied la distance entre Gagnoa et Ménékré, une vingtaine de kilomètres aller-retour, pour vendre ses remèdes traditionnels. Son fils, Bayou Jean-Claude, aujourd’hui chef résident du village, évoque aussi des principes de vie rigoureux, tels que le refus de l’héritage, le rejet de la jalousie, le respect scrupuleux des règles sociales et familiales.
Opokou Gilbert, lui, menait une vie qualifiée de « saine » par les anciens, à savoir pas de bouillons industriels, une alimentation essentiellement biologique et un mode de vie sobre. Quant à la vieille Djokouri Cécile, son secret semble résider dans la sérénité. « Elle parle peu, se fâche rarement et a toujours vécu en paix avec son entourage », souligne son fils, convaincu que ce calme intérieur a favorisé sa longévité.
Pour le médecin-chef de l’hôpital général de Gagnoa, le docteur Étien, ces témoignages rejoignent les données scientifiques. « L’hygiène de vie et l’hérédité sont des facteurs déterminants. Certaines familles ont, naturellement, une espérance de vie plus longue », explique-t-il. Les statistiques de l’Agence nationale de la statistique (RGPH 2021) confirment d’ailleurs la présence de plusieurs centenaires dans le département, notamment à Bayota, Donhio Maléhio et dans le quartier Garahio Gnosso de Gagnoa.
À Ménékré, la longévité n’est donc pas un mythe, mais une réalité incarnée par des visages, des histoires et une sagesse héritée du temps. Un patrimoine humain précieux que le village chérit, comme un symbole vivant de résilience et d’harmonie avec la nature.
(AIP)
Dd/kp






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