Arrestation de Nicolas Maduro : l’indignation sélective des Africains

Arrestation de Nicolás Maduro : démonstration de force américaine et contradictions internationales

Les images de Nicolás Maduro encadré par des agents de la DEA, dans la nuit du 02 au 03 janvier 2026, ont sidéré le monde entier. Dévoilées pour la première fois par le président américain lui-même, dans un tweet publié quelques heures après l’annonce officielle de l’arrestation, elles ont immédiatement frappé les esprits par leur charge symbolique.

Il se dégage de ces images une démonstration de force assumée des États-Unis, une impression de facilité presque déconcertante. Comme si Donald Trump signifiait au monde qu’il est désormais en mesure de faire ce qu’il veut, quand il le veut, sans que rien ni personne ne puisse l’en empêcher. Une mise en scène spectaculaire, presque désinvolte, qui a laissé la communauté internationale sans voix.

Une opération jugée improbable

Certes, les États-Unis avaient déployé depuis le mois d’août dernier un dispositif militaire impressionnant au large du Venezuela. Mais rien ne laissait penser que la capture de Nicolás Maduro était acquise. Une invasion militaire classique du pays avait été écartée par Washington, tant une telle aventure aurait été incertaine, risquée et surtout coûteuse en vies humaines.

La seule option crédible, évoquée dès le mois de novembre dans plusieurs analyses, consistait à obtenir la reddition interne du régime, autrement dit amener l’armée vénézuélienne à « lâcher » Maduro, à procéder elle-même à son arrestation pour le livrer aux forces américaines. Une forme de coup d’État indirect.

Mais cette hypothèse semblait peu réaliste. Dans les régimes autoritaires de gauche, l’armée constitue le pilier central du pouvoir et fait l’objet d’un endoctrinement permanent. Jusqu’alors, malgré les crises successives, les forces armées vénézuéliennes étaient toujours restées fidèles à Nicolás Maduro.

Des complicités internes évidentes

Et pourtant, Maduro a bien été capturé, dans une opération menée sans pertes américaines, selon Washington. Les États-Unis affirment avoir préparé cette intervention pendant des mois. Mais il apparaît désormais évident qu’ils ont bénéficié de complicités majeures au sein de l’appareil militaire vénézuélien.

Le fait que le président ait été arrêté dans son lit, vêtu d’un simple pyjama et chaussé de sandales, suggère que « les portes de son palais ont été ouvertes ». Il est probable que le blocus total imposé au Venezuela ait convaincu certains hauts gradés que la cause était perdue. Les noms et responsabilités de ces complicités finiront sans doute par être connus.

Nicolás Maduro à bord d’un navire américain, peu après sa capture dans son palais de Caracas, dans la nuit du 02 au 03 janvier 2026.

Une réussite américaine, un échec russe en miroir

Sur le plan strictement opérationnel, les Américains ont réalisé au Venezuela ce que les Russes ont lamentablement échoué à accomplir en Ukraine. Le schéma est pourtant similaire : enlever le président, neutraliser le pouvoir central et installer un régime plus accommodant.

En Ukraine, Moscou n’avait jamais envisagé une guerre d’invasion longue et coûteuse. Il s’agissait d’un changement de régime rapide : prise de Kiev, arrestation du gouvernement, mise en place d’un pouvoir aux ordres. L’échec russe est patent.

Au Venezuela, l’opération américaine n’est cependant pas totalement achevée. Les structures du pouvoir restent largement tenues par des fidèles de Maduro. Dans sa première interview, Donald Trump a averti que la présidente intérimaire Delcy Rodríguez subirait « un sort plus terrible » si elle ne se conformait pas aux attentes de Washington.

Les contradictions africaines

Aujourd’hui, de nombreux pays condamnent fermement l’action américaine. C’est notamment le cas des gouvernements africains. Pourtant, cette indignation tranche avec leur attitude lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Le 22 mars 2022, une résolution condamnant l’invasion russe était soumise au vote à l’ONU. Sur 55 pays africains, seuls 28 ont voté pour, 17 se sont abstenus, 9 n’ont pas participé, et un pays a voté contre. Autrement dit, la moitié de l’Afrique n’a pas condamné Moscou, se retranchant derrière une prétendue neutralité. L’Union africaine s’était contentée d’« appeler au dialogue », sans condamnation ferme, comme lors de l’annexion de la Crimée en 2014.

Aujourd’hui, l’Afrique condamne unanimement Washington, dénonçant la « loi du plus fort ». Mais que fait Vladimir Poutine en Ukraine, sinon appliquer cette même loi, en annexant près de 20 % du territoire d’un État souverain aux frontières internationalement reconnues ?

Le véritable précédent dangereux

Il y a là une contradiction flagrante. On dénonce l’impérialisme américain, mais jamais l’impérialisme russe. Or, le précédent véritablement dangereux n’est pas l’arrestation d’un chef d’État par une puissance étrangère — aussi choquante soit-elle — mais bien la modification de frontières par la force. Car un pays amputé cherchera toujours, tôt ou tard, à récupérer par la violence ce qui lui a été arraché.

Douglas Mountain
oceanpremier4@gmail.com

Le Cercle des Réflexions Libérales

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