Guinée / Projet minier Simandou 2040 : disparition massive des emplois avec la fin des grands chantiers

Par Fleur Kouadio

Annoncé comme le projet minier du siècle en Guinée, lancé avec plusieurs partenaires internationaux, principalement des entreprises chinoises et singapouriennes, Simandou entre désormais dans une phase beaucoup moins médiatisée: celle de la fin des grands chantiers et de la disparition massive des emplois. À peine les premières exportations de minerai de fer lancées, des dizaines de milliers de travailleurs se retrouvent aujourd’hui sans contrat.

Pendant la phase de construction, le projet avait suscité un immense espoir. Plus de 60 000 emplois avaient été créés pour bâtir la mine, la ligne ferroviaire de 670 kilomètres et les infrastructures portuaires nécessaires à l’exportation. Pour beaucoup de jeunes Guinéens, Simandou représentait une rare porte d’entrée vers un emploi stable.

La réalité de la phase d’exploitation est tout autre. Les besoins en main-d’œuvre chutent drastiquement, avec moins de 15 000 postes permanents annoncés. En clair, près de 75 % des emplois liés au projet ont disparu en quelques mois. Dans plusieurs zones, notamment autour de Dantilia et Kamara, les licenciements se sont enchaînés sans véritable plan d’accompagnement.

Cette situation met en lumière un modèle économique bien connu, mais rarement assumé: les grands projets miniers créent beaucoup d’emplois temporaires, puis très peu sur le long terme. En Guinée, l’ampleur du choc social est d’autant plus forte que les alternatives économiques sont quasi inexistantes dans les régions concernées.

Sur le plan politique, le discours officiel reste optimiste. Les autorités promettent des recettes d’exportation massives, une hausse spectaculaire du PIB et une transformation structurelle du pays à l’horizon 2040. Mais sur le terrain, la population peine à percevoir ces bénéfices annoncés.

La question centrale demeure: comment transformer une manne minière en développement inclusif ? Sans politiques claires de reconversion, de formation et de diversification économique, le risque est grand de voir Simandou reproduire un schéma déjà observé ailleurs en Afrique: des richesses extraites, peu d’emplois durables, et une frustration sociale croissante.

Simandou est désormais opérationnel. Mais pour des milliers de travailleurs guinéens, le rêve s’est arrêté net, laissant place à une incertitude économique qui pourrait peser lourdement sur la stabilité sociale du pays.

F. Kouadio

Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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