Au Sénégal, la lutte contre les féminicides s’impose dans le débat politique

Au Sénégal, une vague de meurtres de femmes commis par leurs conjoints en décembre a provoqué une mobilisation sans précédent du mouvement féministe, poussant l’État à réagir publiquement. Pour la première fois, le président Bassirou Diomaye Faye a employé le terme « féminicide » dans un discours officiel, lors de son allocution du 31 décembre, affirmant qu’« aucune violence faite aux femmes n’est tolérable ».

Cette prise de position intervient après une campagne nationale lancée à la mi-décembre par des associations féministes réparties sur l’ensemble du territoire. Baptisée Luy jot jot na (« Il est temps », en wolof), la campagne exige la reconnaissance juridique du féminicide dans le code pénal sénégalais, au même titre que le parricide et l’infanticide.

Les militantes dénoncent notamment le recours fréquent à des circonstances atténuantes, telles que le « crime passionnel », dans les affaires de meurtres de femmes. « Nous voulons que cela cesse », affirme Suzanne Sy, coordinatrice de la campagne, soulignant l’urgence d’un cadre légal plus protecteur.

La mobilisation a pris une dimension politique accrue avec la publication, le 26 décembre, d’une lettre ouverte signée par des personnalités politiques, artistiques et intellectuelles. Le texte fustige la banalisation des violences domestiques, l’insuffisance des dispositifs de protection et la persistance de normes sociales et juridiques défavorables aux femmes.

Désormais inscrite au cœur du débat public, la question du féminicide pourrait ouvrir la voie à une réforme législative majeure, testant l’engagement du nouveau pouvoir sénégalais en matière de droits des femmes.

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