AES-Côte d’Ivoire : qui manipule la menace ?

Alors que l’AES multiplie les déclarations alarmistes sur la menace terroriste, une réalité factuelle s’impose : les groupes armés ne viennent pas de Côte d’Ivoire, ils opèrent depuis les pays sahéliens vers les pays côtiers. Les faits montrent que les attaques djihadistes atteignent les frontières ivoiriennes depuis les zones instables du Mali, du Burkina Faso et du Niger, et non l’inverse.

Les faits face à un récit inversé.

Dernier épisode en date : dans la nuit du 28 au 29 décembre 2025, un groupe d’hommes armés est intercepté sur le territoire ivoirien alors qu’il se dirige vers Bavé (nord du pays, à proximité du Burkina Faso). Pris en chasse, les individus rebroussent chemin vers le Burkina Faso, abandonnant deux fusils d’assaut.[1] La trajectoire terroriste est sans ambiguïté : ce ne sont pas des opérations ivoiriennes vers l’AES mais des incursions djihadistes venant du Sahel vers les pays côtiers.

Et pourtant, les discours officiels de certains leaders sahéliens persistent à inverser les responsabilités :

  • Des responsables militaires burkinabè affirment que les cerveaux terroristes seraient « tous localisés en Côte d’Ivoire », sans produire la moindre preuve vérifiable. [2]
  • L’AES multiplie sur les réseaux sociaux les accusations de complots et de déstabilisation prétendument orchestrés depuis la Côte d’Ivoire ou le Bénin, sans sources crédibles. [3]

Face à ces allégations, les autorités ivoiriennes ont fermement démenti toute implication dans des réseaux terroristes, rappelant leur coopération sécuritaire régionale et l’accueil de milliers de réfugiés fuyant les violences sahélienne. [4]

Un timing troublant

Cette campagne d’accusations survient dans un contexte politique explosif. L’AES est née de régimes militaires issues de coups d’Etat (Mali 2020, Burkina Faso 2022, Niger 2023), rejetant explicitement la CEDEAO et ses mécanismes démocratiques.[5] Dans ce cadre, accuser la Côte d’Ivoire de servir de base arrière au terrorisme ressemble davantage à une stratégie rhétorique qu’à une réalité établie.

Pire, la récente attaque coïncide avec l’élection législative en Côte d’Ivoire [6], où la compétition politique peut inspirer des récits d’ingérence étrangère. Et ce n’est plus un secret : l’AES s’invite régulièrement dans les élections de ses voisins pour alimenter des théories du complot visant à réduire la crédibilité des acteurs politiques ivoiriens.

Dès lors, une question dérangeante s’impose : ces accusations répétées contre la Côte d’Ivoire visent-elles réellement à lutter contre le terrorisme ? Ou servent-elles à masquer l’échec sécuritaire de l’AES en préparant le terrain à de nouvelles ruptures politiques ? A force de crier à la menace ivoirienne, l’AES ne cherche-t-elle pas moins à sécuriser la région qu’à consolider son pouvoir par la peur ?


[1] LSI AFRICA sur X : « 🚨🇨🇮Côte d’ivoire : une incursion d’hommes armés non identifiés a été signalée sur le territoire ivoirien dans la nuit de dimanche à lundi. Le groupe, qui se dirigeait vers Nepredöi, non loin de Bavé, a été intercepté par le dispositif de sécurité déployé par l’armée ivoirienne. https://t.co/Qw5HQZiUgt » / X

[2] Burkina Faso : des militaires arrêtés pour tentative de coup d’Etat | Africanews

[3] L’AES ACCUSE LA FRANCE-LA COTE D’IVOIRE ET LE BENIN D’ORGANISER UN PROJET DE DESTABILISATION – YouTube

[4] Burkina/Tentative de déstabilisation : La Côte d’Ivoire nie toute implication – leFaso.net

[5] Laurent Gbagbo promet une amélioration des relations entre la Côte d’Ivoire et l’AES s’il est élu

[6] Côte d’Ivoire-AIP/ Législatives 2025: le RHDP remporte la majorité absolue à l’Assemblée nationale (Analyse) – AIP – Agence Ivoirienne de Presse

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