Opinion
La débâcle du Parti démocratique de Côte d’Ivoire–Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) aux élections législatives du 27 décembre 2025 continue de susciter de vives polémiques. Pendant que certains cadres lucides appellent à une introspection sérieuse, d’autres préfèrent s’enfermer dans des querelles secondaires, fuyant ainsi l’essentiel : l’analyse honnête d’un échec politique majeur.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 32 députés élus sur 130 candidats investis, alors que 229 cadres avaient sollicité le parrainage du parti. Le résultat est sans appel, presque grotesque au regard des ambitions affichées. Pourtant, lors du 8ᵉ congrès extraordinaire de décembre 2023 à Yamoussoukro, qui a porté Cheick Tidjane Thiam à la tête du PDCI-RDA — dans un contexte de contestation des textes du parti —, les militants s’étaient vu promettre un parti « nouveau, redynamisé, conquérant », résumé par le slogan creux : Faire la politique autrement.
Deux ans plus tard, le constat est amer : un parti affaibli, replié sur lui-même, miné par des relents de tribalisme et de mauvais choix stratégiques.
Plutôt que d’interroger l’échec massif des candidats officiellement investis, certains cadres s’acharnent à commenter les défaites de Maurice Kakou Guikahué à Gagnoa ou de Valérie Yapo à Akoupé, pourtant candidats indépendants. Cette diversion ne trompe personne. La politique de l’autruche n’a jamais permis de reconstruire un parti.
Les faits sont têtus :
– Aka Véronique, vice-présidente du PDCI-RDA et figure influente du monde rural, a été battue ;
– Aby Raoul, autre vice-président, a perdu à Marcory, pourtant considéré comme un bastion historique ;
– À Yopougon, Dia Houphouët n’a pas réussi à rassembler les militants autour de sa candidature, ouvrant la voie à des dissidences internes ;
– Bouaké, ville symbolique, n’a même pas présenté de candidats officiels du parti ;
– Doho Simon, président du groupe parlementaire sortant, a échoué à se faire réélire ;
– M’bia Roger, directeur général du PDCI-RDA, a perdu son siège ;
– À Bouaflé, le parti a perdu son bastion avant même le scrutin, suite à la disparition inexpliquée du dossier d’Abi Richmond entre le siège du PDCI et la CEI — un épisode qualifié de « sorcellerie » par l’intéressé.
Plus grave encore, le président du parti lui-même semble politiquement déconnecté de sa base historique. À Yamoussoukro, ses propres parents politiques ont choisi le RHDP comme porte-voix à l’Assemblée nationale. Un symbole lourd de sens.
À cela s’ajoutent les non-candidatures stratégiques, à l’image de Yapo Calice, numéro deux du parti, qui a préféré s’abstenir, officiellement pour éviter un échec, officieusement pour ne pas contrarier des intérêts externes. À Oumé, Lagui Kouassi Joachim, figure emblématique du PDCI-RDA, affirme avoir été saboté par ses propres militants. Même le professeur Alphonse Djédjé Mady, longtemps considéré comme imprenable à Nahio-Saïoua, est tombé sous la bannière du parti.
Il est donc temps de recadrer le débat.
Comme le souligne justement le Dr Boubacar Touré, cadre du PDCI-RDA basé aux États-Unis, il existe une différence fondamentale entre campagne politique et campagne électorale. Tout parti sérieux devrait, après chaque cycle électoral, procéder à une évaluation rigoureuse de ses performances, afin d’identifier ses faiblesses, corriger ses erreurs et bâtir une stratégie de long terme fondée sur une vision claire, des valeurs assumées et une organisation cohérente.
Le PDCI-RDA gagnerait à mettre en place un comité stratégique et scientifique pluridisciplinaire, capable de rompre avec l’improvisation, les règlements de comptes internes et les choix émotionnels. Sans cette refondation méthodique, toute reconstruction restera illusoire.
Pour conclure, rappelons cette mise en garde du journaliste Yao Noël, ancien président de l’UNJCI :
« Après la CAN, la VAR s’invite désormais dans tous les secteurs de la vie sociale et politique. Chacun reverra ce qu’il a fait ou dit hier. »
Le PDCI-RDA est désormais face à sa propre VAR. Soit il accepte la vérité des images, soit il s’enfonce durablement dans le déni.
Josué-Christian SERY-KANON
Militant de base du PDCI-RDA






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