Frontière ivoiro-burkinabè : Ouattara face à une nouvelle poussée de tensions

Abidjan. Les incidents se multiplient à la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Entre incursions armées, flux de réfugiés et inquiétude des populations, le président Alassane Ouattara tente de désamorcer une situation explosive, à la fois sécuritaire et diplomatique.

Des villages sous pression

Dans le Bounkani et le Zanzan, des habitants racontent avoir vu passer des hommes armés, parfois lourdement équipés, venus du territoire burkinabè voisin. Ces incursions, attribuées à des groupes terroristes actifs au nord du Burkina, sèment la peur. « On ne dort plus tranquille », confie un éleveur rencontré près de Bouna, qui dit songer à quitter la zone.

Les autorités locales font état de déplacements de familles entières vers l’intérieur du pays, notamment en direction de Bondoukou et de Bouaké.

Abidjan muscle la sécurité

À Abidjan, la réaction ne s’est pas fait attendre. Le président Alassane Ouattara a ordonné le renforcement du dispositif militaire dans le Nord. Des unités supplémentaires des Forces armées de Côte d’Ivoire (FACI) ont été déployées. Patrouilles terrestres, surveillance aérienne et ratissages s’intensifient.

Cette stratégie s’inscrit dans la continuité des opérations lancées après les attaques de Kafolo en 2020. « Nous ne laisserons pas le terrorisme s’installer en Côte d’Ivoire », a martelé un responsable sécuritaire.

Diplomatie sous haute tension

Mais la réponse n’est pas qu’une affaire de blindés et de soldats. Avec Ouagadougou, les relations restent sensibles. Le capitaine Ibrahim Traoré, au pouvoir au Burkina, prône une ligne souverainiste et se rapproche de partenaires non traditionnels, ce qui crispe parfois les discussions avec Abidjan.

Alassane Ouattara tente de maintenir le dialogue, conscient qu’une rupture frontale fragiliserait encore davantage la frontière. L’équation est complexe : protéger le territoire ivoirien tout en évitant une escalade politique avec son voisin.

Un enjeu électoral

À quelques semaines du lancement de la campagne présidentielle ivoirienne, ce dossier devient hautement politique. L’opposition accuse le gouvernement d’avoir sous-estimé la menace dans le Nord. Le pouvoir, lui, brandit les gros efforts militaires et diplomatiques engagés depuis plusieurs années.

Dans les villages frontaliers, les habitants attendent surtout des résultats concrets. « On veut juste pouvoir cultiver nos champs sans avoir peur », souffle un agriculteur de Doropo.

Une crise régionale

Cette tension dépasse les frontières ivoiriennes. Le Ghana et le Bénin, eux aussi riverains du Burkina Faso, redoutent une extension des violences. La sous-région, déjà ébranlée par les coups d’État et le retrait de plusieurs pays de la CEDEAO, observe avec attention la gestion d’Abidjan.

Pour Alassane Ouattara, l’enjeu est double : garantir la sécurité des Ivoiriens et préserver son image de chef d’État expérimenté, alors que s’approche une présidentielle décisive.

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