Côte d’Ivoire: “L’opposition ne devrait pas boycotter” les législatives, selon Marius Konan, député PDCI (INTERVIEW)

Serge Alain KOFFI

Le député ivoirien Marius Konan, issu du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), invite l’opposition à ne “pas boycotter’’ les prochaines élections législatives comme elle l’a fait pour la présidentielle, au risque de “tout’’ perdre “d’avance’’, dans une interview à Alerte Info dimanche.

Vous avez récemment exhorté l’opposition à ne pas boycotter les prochaines élections législatives. N’est-ce pas faire preuve d’inconséquence, vu que les principales revendications de l’opposition qui ont justifié le boycott de la présidentielle n’ont pas été satisfaites?

Non, c’est n’est pas faire preuve d’inconséquence. Je crois plutôt que c’est faire preuve de réalisme politique dans la mesure où nos maitres nous ont appris que la politique était la saine appréciation des réalités du moment. Quand je fais mon observation, je constate que ce que je vis aujourd’hui ressemble à des situations qui ont déjà été vécues et des solutions ont été empruntées par le passé. Donc, je me réfère à ce qui s’est passé. Je regarde les solutions et je me rends compte que les solutions de l’époque n’étaient pas bonnes. Donc, je ne reconduis pas ces solutions. En 2000, le FPI présente un candidat qui est élu. Sa légitimité est contestée. Le RDR boycotte les élections législatives, alors qu’entre temps, il existait une loi qui permettait de financer les partis politiques sur fonds publics. Mais pendant dix années, ceux qui étaient à l’Assemblée nationale ont reçu des financements. C’est après l’organisation des élections municipales que par des arrangements, on a pris le RDR en compte. En 2012, la même chose s’est produite. Et on a vu ce que cela a entrainé au FPI. Il y a eu une division à partir de 2015 parce qu’il y a un groupe qui pensait qu’il fallait participer au débat politique, et il y a un autre groupe qui pensait qu’il fallait rester dans le boycott. Aujourd’hui l’environnement juridique ivoirien, le cadre légal est tel que tout parti politique qui boycotte les élections municipales n’aura pas de sénateurs aux prochaines élections sénatoriales. C’est-à-dire si aujourd’hui, vous boycottez les élections locales, à la prochaine élection sénatoriale, il est clair que vous n’avez pas de conseillers municipaux et régionaux, comment allez-vous faire pour soutenir les candidats que vous allez présenter alors que c’est un scrutin à suffrage universel indirect avec les conseillers régionaux, municipaux et les députés ? Donc, vous êtes déjà disqualifié. Je pense que l’environnement est tel que l’opposition ne devrait pas boycotter cette élection législative. Nous sommes dans un régime qui est présidentiel. Celui qui détient le pouvoir exécutif, peut ne pas détenir le pouvoir législatif. Je pense que l’opposition, ensemble, peut récupérer le pouvoir législatif. Si nous ne participons pas, nous aurons tout perdu d’avance mais si nous participons, nous pourrions devenir les détenteurs du pouvoir législatif en Côte d’Ivoire.

Que faites vous des revendications, portant notamment sur la reforme de la Commission électorale indépendante (CEI), du conseil constitutionnel, l’audit du fichier électoral, mises sur la table par l’opposition avant la présidentielle ?

Croyez vous que les conditions que nous avons posées vont être satisfaites par ceux qui détiennent le pouvoir ? Est-ce que vous croyez dans une discussion, toutes les prétentions d’une partie seront prises en compte ? Moi je ne crois pas. L’essence de la discussion, c’est que chacune des parties doit faire des concessions. Pendant que nous nous focalisons sur les revendications, nos amis d’en face préparent les élections législatives. Si nous ne préparons pas les élections législatives et qu’ils nous mènent jusqu’en février, par exemple, on ne sera pas prêt. On n’aura pas désigné nos candidats. On n’aura pas préparé suffisamment les élections. Il y a des problèmes d’ordre politique que nous avons posés. Il y a un certains de problèmes qu’il faut régler notamment la question de CEI, du découpage électoral qui date de 2012 déjà. Malgré cela il y a des élections législatives en 2016. En 2018, au moment où nous contestions déjà la CEI, il y a eu une élection municipale et certains partis de l’opposition y ont participé. Il y a eu des morts, des blessés, des emprisonnés. Aujourd’hui, nous sommes engagés dans un dialogue. Nous encourageons le président dans ce dialogue pour qu’il négocie la libération de ces personnes. Qu’on apporte notre compassion aux familles endeuillées et qu’on pense à nos blessés. Mais après quand on aura fini de faire tout ça. La vie politique ivoirienne continue sous nos yeux. Je pense qu’il faut sortir des sentiments pour regarder objectivement la situation. Est-ce que la situation politique va être remise en cause du coup ? Je ne crois pas vraiment. C’est la raison pour laquelle pendant que nous discutons, je souhaite que nous puissions ouvrir les yeux, la réflexion et commencer à préparer les prochaines échéances.

Aujourd’hui avec du recul, est ce que vous pensez que le boycott de la présidentielle a été une erreur ?

Non je ne dirai pas cela par cela par respect pour les responsables politiques de nos partis. Mais je dirai simplement que le dernier bureau politique du PDCI-RDA avait décidé que nous participions à la présidentielle. Nous avons donc pour cela, organisé une convention qui a permis de plébiscité notre candidat. Entre le plébiscite de notre candidat et la non participation à l’élection, quelque chose a bien pu se passer. Nous attendons qu’il y ait un autre bureau politique, qu’on nous informe et nous prenions acte ou que nous donnions notre avis sur la question. Et comme ce débat n’a pas encore été fait en interne, permettez que je ne m’étale pas dessus.

Est-ce que le président Bédié devrait participer à l’investiture du chef de l’Etat Alassane Ouattara pour contribuer à la décrispation du climat politique ?

Il y a une question que je voudrais moi aussi me poser. Est-ce que la présence du président Bédié à l’investiture va changer quelque chose à ce qui va se faire. Je répondrai Non, ce n’est pas nécessaire.

L’opposition devrait-elle accepter d’intégrer le gouvernement si le président Ouattara décidait de lui attribuer des portefeuilles ?

Cela dépendra des termes qui seront arrêtés à la suite des discussions entre l’opposition et le président de la République. Mais je crois que si nous acceptons d’aller au dialogue et nous arrivons à trouver un consensus ivoirien, tout le reste peut se faire. Je ne suis pas contre le principe de la participation à un gouvernement d’ouverture.

Alerte info/Connectionivoirienne.net

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