Interpellations des opposants en Côte-d’Ivoire: La police a-t-elle déjà violé la nouvelle constitution contestée ?

ajd_ccdo_060613_b-5

Arrestation de Koulibaly et de Sangaré: Quand le CCDO viole la nouvelle Constitution ?

Andresilverkonan.com

L’arrestation de Koulibaly et de Sangaré semble arbitrairee

L’arrestation de Koulibaly et de Sangaré, ainsi que de deux autres opposants radicaux au référendum sur la nouvelle Constitution, aux alentours de 22h le vendredi 4 octobre 2016, à leur domicile abidjanais, est un mauvais signal que le CCDO envoie dans le sens du respect de la nouvelle Constitution, qui doit bientôt entrer en vigueur. Un très mauvais signal.

Selon une dépêche d’Alerte Info, Mamadou Koulibaly, Aboudrahamane Sangaré, Danièle Boni Claverie et Michel Gbagbo ont été interpellés vers 22HOO (heure d’Abidjan) par des éléments du Centre de coordination des décisions opérationnelles (CCDO, Force spéciale de la police nationale), selon leurs proches ».

Ils auraient été « conduits à la préfecture de police au Plateau », où, à en croire l’APA, « ils ont été entendus au service des enquêtes générales avant d’être relâchés ».

Ces arrestations-libérations m’amènent à faire quelques commentaires. Je note que seulement cinq jours après l’adoption de la nouvelle Constitution, le CCDO se met en position de viol de certaines dispositions de celle-ci.

En effet, je cite, les articles suivants. « Article 7: Nul ne peut être poursuivi, arrêté, gardé à vue ou inculpé, qu’en vertu d’une loi promulguée antérieurement aux faits qui lui sont reprochés.

Nul ne peut être arbitrairement arrêté, poursuivi ou détenu. Toute personne arrêtée ou détenue a droit à un traitement humain qui préserve sa dignité. Elle doit être informée immédiatement des motifs de son arrestation ou de sa détention et de ses droits, dans la langue qui lui est compréhensible.

Tout prévenu est présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie à la suite d’un procès équitable, lui offrant toutes les garanties indispensables à sa défense.

Article 8: Le domicile est inviolable. Les atteintes ou restrictions ne peuvent y être apportées que par la loi ».

A lire aussi: http://www.andresilverkonan.com/2016/10/25/nouvelle-constitution-ivoirienne-articles-interessants-a-retenir/

Ces deux articles suffisent pour qu’on se pose des questions de bon sens (je dis bien de bon sens). A quoi cela a-t-il servi d’arrêter, puis de relâcher quelques minutes plus tard, des opposants ? S’ils ont été relâchés par la suite, cela veut dire que la police ne disposait pas assez d’éléments pour les maintenir en détention. Et dans ce cas, sur la base de quelle information, ont-ils donc été interpellés ?

Au demeurant, je note qu’ils ont été entendus par le service des enquêtes générales, cela veut tout simplement dire que la police ne disposait pas d’éléments précis et détaillés, avant leur arrestation. Dans ces conditions, pourquoi les arrêter la nuit alors, puisque manifestement, ils n’étaient instigateurs d’aucune menace grave contre la sécurité de l’État (sinon, on ne les aurait pas libérés immédiatement) ?

A 22h, le CCDO disposait-il de mandats signés par le procureur, pour aller arrêter des citoyens chez eux à leur domicile ? Si oui (jai vu des documents qui ont circulé), où était vraiment l’urgence ? N’était-il pas plus sain d’adresser tranquillement des convocations, par voie ordinaire et entendre ces opposants, toujours par voie ordinaire ?

« Brimer un politique n’arrête jamais celui-ci. Bien au contraire, c’est pour lui, une preuve qu’il tient le bon bout (…) »

Si nous voulons construire un État fort avec des institutions fortes et une Constitution qui constituerait un bréviaire pour tous, les démembrements de l’État doivent faire l’effort de respecter les textes que nous nous donnons.

En définitive, voici ma question générale, pour conclure : « A quoi servent toutes ces arrestations-libérations qui sont nécessairement médiatisées et dont le seul mérite est de présenter les dirigeants comme des personnes qui briment leurs opposants (déjà pas suffisamment populaires) et ne supportent pas la contradiction démocratique ? »

A mon avis, le RDR devrait lancer un appel aux démembrements de l’État, afin qu’ils respectent les différences et agissent dans le sens du droit et de la légalité. Il est bien placé pour savoir que la brimade d’un politique conduit à l’accroissement de son capital de sympathie dans l’opinion nationale et internationale.

Et brimer un politique n’arrête jamais celui-ci. Bien au contraire, c’est pour lui, une preuve qu’il tient le bon bout, un encouragement à persévérer dans son engagement. Des fois, je me demande bien pourquoi les gens ne peuvent pas l’effort de faire ces analyses si simples…

Commentaires Facebook

Les commentaires sont fermés.