Côte d’Ivoire – Des habitants de San-Pedro s’empressent de faire des provisions à la veille de la présidentielle

Dans un bureau de vote d'Abidjan, lors du premier tour de l'élection présidentielle ivoirienne. Alors que le second tour du scrutin opposera dimanche le président sortant Laurent Gbagbo au candidat de l'opposition, Alassane Ouattara, une mission de l'Union européenne dépêchée en Côte d'Ivoire pour observer le déroulement du vote accuse la commission électorale nationale d'obstructions inacceptables. /Photo prise le 31 octobre 2010/REUTERS/Luc Gnago
REUTERS/Luc Gnago

Par Manuella Yapi

“Bon, je crois que j’en ai assez pour tout le mois”, ironise Mme Coulibaly après l’achat d’une importante quantité de poissons fumés au feu de bois, au grand-marché de San-Pedro, dans le Sud-ouest de la Côte d’Ivoire, à la veille de l’élection présidentielle de dimanche.

Cette mère d’une famille de cinq personnes dit avoir acheté “deux à trois fois plus que la quantité habituelle de condiments” nécessaires pour nourrir les siens “pendant tout le mois d’octobre et même plus”.

Comme elle, de nombreux habitants de San-Pedro investissent le grand-marché situé dans le bidonville Bardot, pour “être à l’abri” des besoins, “au cas où tout se gâte (expression pour dire “si la situation dégénère”) après l’élection”, selon les propos de Bénédicte, employée de maison.

“C’est presque la fin de l’après-midi mais on ne peut toujours pas circuler tranquillement dans le marché”, lance une passante qui tente de se frayer un chemin dans l’espace dédié à la commercialisation des poissons frais et autres crustacées.

Les souvenirs “douloureux” de la crise postélectorale de 2010 qui s’est soldée par la mort de 3.000 personnes, y sont pour beaucoup dans cette “petite psychose”, aux dires de Mme Coulibaly:”je ne veux pas que mes enfants manquent encore de nourriture si la même chose se reproduit, ce que je ne souhaite pas bien sûr. Quand on a été mordu par un serpent, on se méfie d’un ver de terre”.

Dans un des plus grands supermarchés de San-Pedro, les rayons de pâtes alimentaires et de conserves sont clairsemés, à la grande surprise de Mme Mahan, une cliente:”rien qu’à voir les rayons on sent la psychose. Les Ivoiriens se font peur pour rien, il n’y aura pas de violence cette fois”.

“En 2010, l’ambiance était tellement bonne pendant la campagne que personne ne pouvait prévoir ce qui est arrivé. On a été traumatisés”, explique Hamza, un chauffeur de taxi qui dit comprendre la “peur” des populations qui seraient “moins effrayées si les fonctionnaires n’avaient pas été payés avant la fin du mois”, selon lui.

Mais “Inch’Allah, il n’y aura pas de crise postélectorale cette année”, car “tout le monde a compris que la guerre n’apporte rien de bon”, conclut-il.

MYA

Alerte info/Connectionivoirienne.net

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