Rue princesse de Yopougon rasée: le ministre de la Culture a-t-il trahi ?

L’Intelligent d’Abidjan

Une semaine après la certification du ministre Bandama et du Burida / La Rue princesse de Yopougon rasée
Comment comprendre l’opération menée contre 25 maquis et bars

Le ministre de la Culture et de la Francophonie était présent, le 28 juillet 2011, en compagnie du Burida pour apposer des autocollants (stickers) à la Rue princesse de Yopougon. Une semaine plus tard, la ministre de la Salubrité Urbaine Anne Ouloto est allée, muni de bulldozers, pour détruire les maquis qui avaient occupé le domaine public. Dysfonctionnement au sein de l’action gouvernementale ? Dans ce dossier réalisé, l’I.A a voulu faire la lumière sur cette affaire.

La destruction des espaces sonorisés de la Rue princesse (installés sur le domaine public) est sur toutes les lèvres. Si d’autres applaudissent l’action d’assainissement, certains sont d’avis qu’à Abidjan, s’il y a une destination à prendre pour qui met les pieds sur les bords de la lagune Ebrié, c’est d’abord la Rue princesse. A’Salfo, ne dit pas le contraire quand il est intervenu le mardi 15 août sur Jeuneafrique TV. Invité sur le plateau de la RTI 1, pour aborder les nouveaux chantiers du ministère de la Culture et de la Francophonie, Maurice Bandaman a été épinglé sur la question de la Rue princesse. Lui qui y était le 28 juillet dernier pour apposer les premiers autocollants lançant l’opération d’identification des usagers du Burida. Certifiait-il ainsi la Rue princesse appréciée entre nuisance sonore et site culturel touristique ? Sur sa présence à la Rue princesse de Yopougon, Maurice Bandaman a dit être allé non pas en qualité de géographe ou géomètre pour dire que ces espaces sont construits sur le domaine public. Il a reconnu être allé en tant que ministre de la Culture pour soutenir les artistes. « Parce que la Rue princesse est un espace où on consomme beaucoup les œuvres des artistes. Nous allons créer un espace qui réponde aux normes architecturales, aux normes acoustiques et qui ne soit pas un espace de nuisance. Et qui ne soit pas un espace de dépravation des mœurs mais qui soit un espace de consommation culturelle. On n’a pas besoin de faire du bruit pour consommer de la musique. La Rue princesse faisait du bruit. Elle faisait de la nuisance. Nous ne sommes pas allés cautionner cela. Nous y sommes allés pour que là où la musique ivoirienne est produite, elle puisse générer de l’argent. Pour que les artistes qui produisent cette musique-là puissent en vivre», avait-t-il dit pour justifier sa présence à la Rue princesse de Yopougon. Non sans saluer le travail amorcé par le nouveau directeur général du Burida. «Le nouveau Dg intérimaire est en train de faire un travail remarquable. Je suis allé pour l’encourager. Parce que c’est le travail qu’il a fait sous mes conseils. J’ai demandé que le Burida fasse l’état des lieux et ait une base de données. Il se trouve que la Rue princesse est un lieu où la musique est fortement consommée. Nous sommes allés là où il y a les premiers consommateurs. C’est tout ! », a expliqué Maurice Bandaman. Des gérants, des managers et des Disc Jokeys, et d’ailleurs certains Ivoiriens, n’ont pas manqué de marquer leur indignation face à cette action ‘’incohérente’’ des membres du gouvernement Soro. Ils sont nombreux, ceux qui auraient voulu que la Rue princesse soit déchue après qu’une partie des commerçants ait renfloué leurs caisses. Le ministre Maurice Bandaman a reconnu que la misère et la paupérisation se sont emparées des populations ivoiriennes. A l’en croire, de nombreux bailleurs de fonds font le pied de grue aux portes de la Côte d’Ivoire. Toutefois, la condition sine qua non de leur installation reste la sécurité, le respect des droits humains, la stabilité et l’instauration de l’Etat de droit. « Pour les caniveaux, savez-vous combien de morts cela génère quand les bâtiments sont construits sur des caniveaux, sur les canalisations et sur les conduits d’eau. Des bailleurs de fonds attendent que l’ordre soit mis pour qu’on puisse avoir l’aide. C’est une conditionnalité pour la reprise. Pour que les Ivoiriens qui souffrent aujourd’hui puissent prospérer. Aucun pays ne prospère dans le désordre et l’anarchie. L’anarchie avait pris le pas sur l’Etat, Il n’y avait plus d’Etat », a-t-il expliqué. C’est pourquoi dira le maire-ministre pour justifier l’action de la ministre de la Salubrité Urbaine : « Le Président Alassane Ouattara est venu pour mettre de l’ordre. Pour faire en sorte que la Côte d’Ivoire soit un Etat. Et un Etat impartial. L’Etat est rigoureux ; c’est vrai nous en souffrons. Nous avons des parents qui ont ouvert des boutiques et des petits commerces sur les trottoirs, il faut que l’Etat construise des infrastructures viables. Les maires que nous sommes ne devons pas nous décharger en mettant les populations dans les rues et nous dérober de nos fonctions. Il faut construire des espaces viabilisés et sécurisés. Pour que quand les commerçants font un investissement, ce soit sur la durée et qu’ils puissent les remettre à leurs enfants. Ce qui est fait là pour dire, on va se débrouiller, ce n’est pas responsable. Le Président de la République a fait signe au gouvernement pour qu’on mette de l’ordre. Et cela est en train d’être fait. C’est cet ordre-là qui va générer la richesse et la croissance». Mais, c’était si facile à dire et à faire, le ministre de la Culture ne devait pas aller la Rue Princesse. Il devait avant que sa collègue arrive à annoncer la nouvelle du départ et préparer les acteurs à cela.
Patrick Krou

Encadré 1
Les nouveaux attributs de la Rue princesse

Nouveau feeling pour la Rue princesse. Nouvelle architecture. Les autorités entendent lui donner l’image d’un espace qui répond aux normes architecturales et acoustiques. Le défi d’un rêve nouveau. Pour ne plus être un espace de nuisance ni de dépravation des mœurs. Mais, un espace de consommation (purement) culturelle. La princesse a perdu sa couronne, vive la princesse. Avec de nouveaux attributs. Les autorités l’ont compris, la Rue princesse de Yopougon qui génère des ressources est un espace où les œuvres des artistes sont consommées. Sans modération. La nouvelle Rue princesse, c’est construire des espaces viabilisés et sécurisés avec des infrastructures viables. Cependant, la destruction des espaces sonorisés à la rue rappelle une pensée populaire: donner d’une main droite et reprendre avec la main gauche. C’est ainsi que l’on peut qualifier les visites en ce lieu des ministres Maurice Bandaman (d’un air de fête) et Anne Ouloto – qui a laissé un climat de ruine. Si, pour avoir été honoré d’être le premier ministre de la culture d’un gouvernement à visiter (officiellement) la Rue princesse – qui s’est vue presque certifiée par l’apposition d’autocollants d’identification des usagers du Burida– nombreux sont ceux qui espéraient de Maurice Bandaman des critiques contre Anne Ouloto, ministre de la Salubrité Urbaine. Mais, le premier ne se désolidarise pas de la seconde. Bien plus, il (Bandaman) y voit une action coordonnée du gouvernement de mettre de l’ordre partout où il y a de l’anarchie, du désordre. «Le Président de la République a fait signe au gouvernement pour qu’on mette de l’ordre», a-t-il expliqué et soutenu l’opération de salubrité urbaine.
Koné Saydoo

Encadré 2
Des millions de FCFA de chiffre d’affaires de perte pour le Burida

C’est avec tristesse que le directeur général du Burida, Assiélou Florent, a dit apprendre la destruction des espaces de leurs usagers, à la Rue princesse. Le 28 juillet dernier, le Burida lançait une opération de codification de ses usagers à partir de la même rue. Celle-ci devant se poursuivre dans les autres communes et sur le territoire national. A la Rue princesse, le Burida dénombre vingt-cinq (25) espaces qui leur reversent des droits (redevances). Soit une collecte «aux alentours de 1,5 million de Fcfa par mois», font savoir les services du Burida. Sur l’année, c’est un chiffre d’affaires de près de 20 millions de FCFA que le Burida ne pourra collecter. S’il ne peut aller contre l’opération de salubrité urbaine engagée par le gouvernement, Assiélou Florent ne manque pas de soutenir qu’elle fait porter un coup aux entrées du Burida. Car, il n’y a pas que la Rue princesse qui a été ciblée par ladite opération mais, bien d’autres espaces dans d’autres communes dans le District d’Abidjan. En raison de cela et vu l’opération de salubrité qui suit son cours, le DG du Burida a dit arrêter l’opération d’identification de leurs usagers. Cependant, les codes attribués le 28 juillet dernier au Jackpot, Le Must, Café-Cacao Bar Discotek, Abidjan VIP, etc. ne pourront être attribués à d’autres espaces, a précisé le DG. C’est donc en attendant que tout se rétablisse dans le district d’Abidjan que le Burida s’est engagé à poursuivre ses activités de collecte, perception et protection dans les villes de l’intérieur du pays.
KS

Encadré3
Djaguen Aboué, président des managers de Côte d’Ivoire et responsable du maquis Bar ‘’Abidjan’’ :
‘’Il y a eu dysfonctionnement mais Anne Ouloto a fait son boulot’’
Je ne saurai comment expliquer le fait que le ministre de la Culture et de la Francophonie soit venu au maquis ‘’Jackpot’’ à la Rue princesse, accompagné des membres de son cabinet et des agents du Burida et qu’on détruise par la suite la Rue princesse. Ils sont venus pour l’identification des espaces de divertissement, les Maquis et Bars de Côte d’Ivoire, à commencer par la Rue princesse. Qui est un espace culturel et touristique. Il y a eu un dysfonctionnement entre les membres du gouvernement ou même entre les deux ministères. Parce qu’on ne peut pas venir nous donner espoir dans nos business et une semaine plus tard, venir tout détruire. Le motif brandi, c’est que les Maquis et Bars occupent un espace qui relève du domaine public, donc, de l’ODP (Occupation du domaine public). Je ne sais pas quoi dire ! En ce qui me concerne, ce sont des millions, environ 70 millions de francs CFA, que j’ai investis dans mon Maquis. Ce sont des emplois perdus pour des jeunes qui travaillaient à la Rue princesse. Nous sommes en train de prendre des mesures pour reprendre du service. Et surtout pour payer nos dettes pour ne pas qu’on se retrouve à la Maca. Des gens du ministère de la Salubrité Urbaine nous ont dit de nous remettre au travail parce qu’il y avait de l’anarchie dans ce que nous avons fait. C’est pour cette raison que la destruction s’est imposée. Respectez les normes et tout ira bien’’, ont-ils dit. Que le ministère de la Culture et de la Francophonie nous aide à nous installer honnêtement et véritablement dans ce que les producteurs et managers veulent faire. Madame la ministre Anne Ouloto fait son boulot. On voit bien la pression qu’il y a sur les membres du gouvernent. C’est normal parce qu’elle fait son travail. Si tu exerces sur un domaine public, on te demande de partir. Tu déguerpis c’est clair et net. La seule chose qu’on a déplorée, c’est qu’on devait nous laisser faire les fêtes de l’indépendance. Parce que toutes les commandes de boissons qu’on a passées, sont stockées dans nos Maquis et Bars. On aurait dû nous laisser faire aussi les fêtes de fin d’année. Ce qui aurait pu nous permettre d’amortir les investissements. Tout ce qu’on souhaite c’est que tout se passe bien et qu’il n’y ait pas de débordements ».
Propos recueillis par P. Kou

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