SÉNÉGAL – La candidature de “papi” Wade en 2012 déclarée irrecevable

Photo par D.R.

CHEIKH TIDIANE DIAKHATE N’EST PAS PAUL YAO N’DRE – Le Sénégal dit non à la candidature de Wade en 2012

L’irrecevabilité de la candidature de Me Wade en 2012 se trouve être la pierre angulaire de tous les débats sur la sphère politique sénégalaise. Cependant, elle ne date pas d’aujourd’hui.

Il était une fois, un 4 novembre 2010, quand Idrissa Seck, ancien premier ministre de Wade et membre du comité directeur du Pds d’alors, notifiait par écrit au Pape du Sopi que sa candidature à l’élection présidentielle de 2012 serait irrecevable. Mais, le 27 de ce même mois, les alliés de Wade lui rétorquèrent que si, lors de cette fameuse réunion de comité directeur tenue au palais de la République qui rappelons-le n’est pas le siège du parti démocratique sénégalais, à laquelle Seck a été convié à la dernière seconde. Pourtant Seck le leur réitèrera que Abdoulaye Wade a fini ses cartouches de candidat à la présidentielle au Sénégal et qu’en 2012 il devra partir. Rien n’y fait, les partisans de Wade continuent de s’accrocher à cette candidature impossible.

Quelques mois plus tard, les membres de l’opposition regroupés dans Bennoo reprennent le débat et disent non à Wade. Ce combat, les amis de Amath Dansokho avaientt commencé à le mener au lendemain de l’annonce de la candidature depuis le pays de l’Oncle Sam, par Abdoulaye Wade, en septembre 2009 soit à peu près 3ans avant l’échéance électorale. Pourtant lorsque Wade faisait cette déclaration, lorsqu’il pensait déjà à un autre mandat, les populations de Médina Gounass attendaient toujours une solution contre les inondations qui avaient fini par rendre impossible la vie dans la banlieue.

Les Sénégalais, dans leur majorité ruminaient toujours leur colère contre le régime mais les clignotants étaient encore à l’orange. Il a fallu qu’ils ne puissent plus tenir parce que la mal gouvernance avait atteint un niveau tel qu’il était inacceptable de voir que certaines personnes qui venaient d’entrer, dans le tard, à la fonction publique et à des postes stratégiques comptent leur avoir à hauteur de milliards au moment où la cherté de la vie avait fini d’atteindre sa croissance exponentielle, l’électricité introuvable… Et Wade qui présente un projet de loi sorti de l’on ne sait où. Le 23 juin, voilà la date salvatrice qui permettra de dire à Wade et à ses sbires que sa candidature pour 2012 est de trop.

Aujourd’hui c’est le Sénégal à l’unisson – sauf pour ces inconditionnels de Wade qui n’en ont que pour leurs intérêts crypto personnels – qui demande au père de Karim de ne pas verser cette goutte qui pourra faire déborder le vase. Et cela a été bien compris par la société civile, qui a été emportée par cette fougue du 23 juin pour se laisser distraire par les politiques regroupés dans l’opposition. Leur démarcation a été salutaire. Son combat, cette cause noble qu’elle défend, elle peut bien le faire sans s’appuyer sur les amis de Dansokho pour éviter de leur être redevable en quoi que ce soit.

Cette position aussi a été celle des rappeurs qui ont initié le mouvement Y en a marre. Bien sûr, ce combat, s’il peut être mené à travers un bloc soudé, uni et un, serait mieux pour le peuple sénégalais qui ne demande que le départ, dans la paix, de Wade. Mais pour cela, il faut que les idéaux soient un. Et tel est loin d’être le cas. Les postures des combattants ne sont pas les mêmes, les stratégies aussi ne peuvent pas être communes. Chacun, d’où qu’il se situe mènera son combat et les résultats convergeront vers le même objectif : bouter Wade hors de l’Etat. Et ce n’est pas Cheikh Tidiane Diakhaté qui nous en empêchera car le verdict sur la non recevabilité de la candidature de Wade est déjà tombé.

Mea culpa de Wade en 2007, M. Diakaté n’est pas Paul Yao N’dré

La réponse par rapport à l’irrecevabilité de la candidature de Wade peut être trouvée à deux niveaux qui, je pense bien, n’ont pas besoin que les analystes en matière de droit et de communication politique se triturent les méninges pour la donner.

Dans le premier cas, j’ose dire qu’un étudiant en première année de droit peut résoudre l’équation après juste six mois de scolarité à la faculté des sciences juridiques et politiques de Dakar. En droit civil, on leur a appris que « l’aveu c’est une déclaration par laquelle l’une des parties au procès reconnaît sa faute… » Cette seule définition peut démontrer que Wade s’est disqualifié de lui-même de la course vers le palais en 2012 si on tient compte de ses propos tenus le 1er mars 2007. «J’ai bloqué le nombre de mandats à deux dans la Constitution. Je ne peux pas me représenter, parce que la Constitution me l’interdit. J’ai décidé donc que je ne me représenterai pas» avait-il déclaré. Cette seule assertion peut suffire à M. Diakhaté à, dès aujourd’hui, rendre service au Pape du Sopi en le conseillant de sauver la cote démocratique qu’il a acquise au soir du 19 mars 2000 en renonçant à ce combat qui ne sera que peine perdue. La conscience devrait même obliger Cheikh Tidiane Diakhaté à s’auto saisir et dire non à Wade avant que le document de sa candidature atterrisse à son bureau. A moins que ce premier ait les mêmes gênes pathologiques que Paul Yao N’dré en Cote d’Ivoire. M. Diakhaté sait tout autant qu’Idrissa Seck et les membres de Bennoo Siggil Senegal, tout autant que la société civile et le mouvement Y’en a marre, tout autant que Ibrahima Fall et Cheikh Tidiane Gadio, que Wade ne peut pas être candidat en 2012. Me Babacar Seye avait dit non, Me Kéba Mbaye avait dit non quand il le fallait. Aujourd’hui c’est à ton tour, c’est à toi de dire non. Bien sûr, la disposition civile ne peut pas être celle du droit, dans ce cas précis, quant à l’appréciation du juge. Cependant, l’invocation de la jurisprudence règle le problème et la messe peut être dite.

Dans le second cas, je me permettrai de restituer mes cours d’analyse du discours politique tels me l’a inculqué Abdou Aziz Diop ; c’est-à-dire à travers l’inscription du locuteur Wade dans ses mêmes propos du 1er mars 2007. Dans un discours de nature politique, l’analyse de l’inscription du locuteur dans l’énonciation est centrale puisque celui qui parle s’attribue une position et des qualités qui définissent son identité politique. Ceci nous permet donc de dire que Wade a tenu compte de sa position politique pour dire : «J’ai bloqué le nombre de mandats à deux dans la Constitution. Je ne peux pas me représenter, parce que la Constitution me l’interdit. J’ai décidé donc que je ne me représenterai pas». Donc la question « D’où parle celui qui parle si naturellement ? » trouve sa réponse en la qualité du locuteur qui n’est personne d’autre que le Gardien de la Constitution lui-même.

Dans son propos, celui-là même qui le disqualifie, Wade utilise 7 fois la 1ère personne du singulier à travers «je» et «me» pour signifier son engagement et une validation de cet engagement. M. Diakhaté, c’est Wade lui-même qui parle. Ensuite, on en arrive à l’utilisation de la négation qu’on peut retrouver 4 fois avec «bloqué», «ne pas me représenter», «me l’interdit», «ne me représenterai pas». Aussi, Wade reconnait qu’il ne peut pas être au-dessus des lois bien qu’il soit l’autorité suprême au Sénégal. Il donne ainsi à la Constitution toute la force qui lui revient de droit car il se trouve impuissant devant elle qui lui interdit toute possibilité de se représenter. Après avoir bloqué le mandat à deux, c’est le choix du verbe «représenter» qui peut signifier se présenter à nouveau qui revient encore bloquer Wade car il s’est présenté en 2000 et il s’est représenté en 2007 d’où l’impossibilité de se «re-représenter» en 2012. Et enfin, Wade de conclure à la manière d’un sage avec ses 85 piges, avec l’emploi de «donc», qu’il ne sera pas candidat.

En définitif Abdoulaye Wade a porté le manteau de président de la République qui est le gardien de la Constitution, jouissant de toutes les prérogatives pour personnellement et de manière responsable prendre une décision et l’assumer. Il ne se présentera pas.

A mon humble avis, il sait qu’il ne se présentera pas et il essaie de leurrer le peuple tout entier qui s’investit pour qu’il ne se présente pas. Il y a anguille sous roche et moi je pense que c’est la question du redécoupage administratif sur laquelle il va s’appuyer pour voler le scrutin au profit de son candidat, celui qu’il investira. Qui sera-t-il ?

Nous fermons les yeux devant ce fait oubliant ainsi que les conseils ruraux sont des lieux où peuvent être gardés les urnes après le vote d’où la possibilité de bourrage qui est une méthode toute simple de tricher lors d’une élection.

De la même manière qu’avec les parlementaires et leur ticket en cette journée du 23 juin, disons non au ministre Aliou Sow et à son projet de redécoupage administratif car il cache une bombe à retardement pire que le ticket. La candidature de Wade n’est qu’un puissant sujet de diversion. La mort de Malick Ba ne peut pas et ne doit pas être vaine.

EL HADJI CHEIKH ANTA SECK
Master 2 en Communication Sociale à Issic
Maitrise d’anglais à Ucad
Journaliste

in sudonline.sn
titre: J-ci.net

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