Imaginons. Vous allez voir un juge. Entretien en tête-à-tête, porte fermée. Le soir même, un inconnu vous appelle : « Tu es allé voir tel juge, tu lui as demandé ceci. Désormais, c’est avec moi qu’il faut traiter. » Que faites-vous ? Vous retournez chez le juge pour vérifier ? Il ne vous reçoit plus. Alors, de guerre lasse, vous traitez avec l’intermédiaire, ce bienfaiteur tombé du ciel, si bien informé de ce qui se dit derrière des portes closes. Ou bien vous laissez tomber ? C’est, à en croire plusieurs sources, le rôle que jouait le présumé indic Cheick Berthé dans des dossiers du Pôle pénal économique et financier.
Mais rassurez-vous, il n’y a rien à voir. Selon la version qui circule dans l’entourage du ministère, relayée par Fernand Dedeh, M. Berthé ne serait qu’un indic qui a mal tourné, un pion manipulé dans une « guerre des unités d’enquête ». Et le méchant de l’histoire serait un général de gendarmerie au parcours jusqu’ici irréprochable, engagé dans la lutte antiterroriste, soudain pris d’une envie irrépressible de régler des comptes. Le tout précédé d’un communiqué en clair-obscur, publié avant le lever du jour. Preuve que la justice ivoirienne ne dort jamais. C’est très rassurant.
Les éléments de langage confirment pourtant ce que le communiqué du ministre réfute fermement. Pas d’enquête de la gendarmerie au PPEF ? On nous explique que des gendarmes en poste au pôle ont été arrêtés et qu’une clinique de Cocody a été perquisitionnée. Une enquête qui n’existe pas, mais qui arrête et perquisitionne : prodige.
Restent donc quelques questions, posées en toute humilité :
- Deux officiers de police judiciaire du PPEF ont-ils été arrêtés ?
- Le téléphone de M. Berthé contient-il des échanges avec des magistrats, allant au-delà de ce qu’exige la mission d’un indic ?
- Qu’y avait-il dans le coffre-fort de la clinique ?
- La DST a-t-elle produit un rapport ? Que dit-il, et pourquoi dort-il dans un tiroir ?
- Où en est l’affaire dite des 40 tonnes d’or ?
Et une dernière, plus politique : si l’enquête allait à son terme, qui tomberait ? Un général seul, sacrifié au nom de la « guerre des services » ? Ou d’autres, plus haut placés, que la formule commode du « règlement de comptes » mettrait opportunément à l’abri ?
La sortie de la liste grise du GAFI, excellente nouvelle, ne saurait servir de paravent. Fréquenter un indic, l’associer de très près aux affaires, puis expliquer qu’il ne s’agissait que d’infiltrer des réseaux avant qu’un service jaloux ne le « retourne »… L’explication est un peu grosse, non ? Le poisson aussi. Espérons qu’on ne le noiera pas.






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