L’heure est grave pour les Saoudiens, qui peinent à se défendre. Ils n’ont pas les moyens d’envahir le Yémen par une opération terrestre ; ils ne peuvent qu’engager leur aviation en soutien aux troupes du gouvernement internationalement reconnu. Or, celles-ci sont à la peine face aux Houthis, hypermotivés. Après une offensive éclair en septembre, ceux-ci ont pris le contrôle du détroit de Bab-El-Mandeb, privant les Saoudiens du second passage pour l’écoulement de leur pétrole, après la fermeture du détroit d’Ormuz par les Iraniens.
Ce qui choque, c’est la vulnérabilité de l’Arabie saoudite. Les Houthis pilonnent les installations pétrolières et les villes, notamment Riyad. Pourtant, les Saoudiens ont toujours été puissamment armés par les Américains. Le Congrès a approuvé en septembre la vente des F-35 à l’Arabie saoudite, qui va devenir le second pays après Israël à les détenir au Moyen-Orient, un privilège rare pour un pays non membre de l’OTAN, alors que la vente a été refusée aux Turcs. Malgré leurs capacités militaires, les Saoudiens appellent à l’aide !!!
Ce qui choque encore, c’est l’attitude des États-Unis. Ils ont toujours garanti la sécurité du pays. Tous les présidents américains ont veillé à la protection de ce précieux allié, premier producteur mondial de pétrole. Mais Trump agit autrement. Refusant d’intervenir, il demande aux Saoudiens de « conclure un deal » avec les Houthis, sachant que lui-même est incapable d’en conclure un avec l’Iran, qui est leur soutien !!!
En août dernier, l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont conclu le « Pacte de Riyad », un accord de défense qui prévoit une assistance mutuelle en cas d’attaque contre l’un de ses membres. Mais le Pakistan et la Turquie n’ont jusque-là pas bougé. Pour obtenir l’aide des pays musulmans, les Saoudiens ont accusé les Houthis d’avoir visé La Mecque. Il s’en est suivi des condamnations, sans plus. Le Royaume-Uni a promis des avions ravitailleurs en soutien aux opérations défensives, et la France, des troupes pour sécuriser les installations pétrolières. Mais cela suffira-t-il ?
Beaucoup pensent qu’on ne peut reprocher à Trump l’abandon de son allié, car les drones ont totalement modifié la physionomie des guerres aujourd’hui. Pour intercepter un missile ou un drone bon marché coûtant quelques milliers de dollars, il faut des intercepteurs qui, eux, coûtent des millions de dollars. Cette asymétrie des coûts a épuisé les Américains face aux Iraniens. C’est ce scénario qui se répète entre les Houthis du Yémen et les Saoudiens.
Face aux frappes américaines, les Iraniens répliquaient en bombardant leurs bases dans la région (au nombre d’environ 16, réparties sur 8 pays) au moyen de drones et de missiles balistiques. Pour défendre ces bases, les Américains ont vidé leurs stocks d’intercepteurs Patriot. On pense que c’est la raison de la cessation des hostilités, les Américains manquant d’intercepteurs. La guerre s’est ainsi révélée d’un coût financier énorme. Il est impossible pour les Américains de s’engager dans un autre conflit. Ainsi, les Saoudiens passent-ils pour pertes et profits.
Comment ce conflit entre les Houthis et les Saoudiens peut-il évoluer ? Une invasion du Yémen par les Saoudiens est improbable : ils n’en ont pas les capacités. Et les troupes qu’ils appuient au Yémen contre les Houthis ne parviennent pas à bousculer ces derniers pour reprendre le contrôle du détroit de Bab-El-Mandeb. Acculés, les Saoudiens vont-ils se soumettre aux exigences de l’Iran, qui, entre-temps, a accru sa production de drones et de missiles ? Les Houthis sont aussi en train de mettre en place leurs propres capacités, à l’image de l’Ukraine.
L’Iran réclame 270 milliards de dollars de « réparations de guerre » aux monarchies du Golfe, les accusant d’avoir violé le droit international en permettant aux forces américaines et israéliennes d’utiliser leurs espaces aériens et les bases installées sur leurs territoires pour mener des frappes en Iran. L’Iran exige la « fermeture » de toutes les bases américaines de la région, la reconnaissance de ses droits sur le détroit d’Ormuz (dont il veut rendre le passage payant) et la reconnaissance des Houthis comme autorités légitimes du Yémen.
Officiellement, toutes ces exigences sont rejetées par les pays du Golfe, mais la presse fait état de « discussions » en cours. Une chose est désormais acquise : les Américains ont totalement perdu la face. Ils ne sont plus jugés fiables. Cette guerre laissera des traces dans les relations entre les Saoudiens et les Américains. Elle laissera aussi des traces dans la région, car les Iraniens entendent faire payer le passage du détroit d’Ormuz (2 millions de dollars par navire). Si les États-Unis n’ont pu leur infliger une défaite, on ne voit pas qui le pourrait désormais.
Douglas Mountain
oceanpremier4@gmail.com
Le Cercle des Réflexions Libérales






Commentaires Facebook