Georges Taï Benson: Sidiki Bakaba rend hommage à son «éternel ami»

« Repose en paix, mon éternel ami, magnifique Artiste. » C’est par ces mots que l’acteur et réalisateur ivoirien Sidiki Bakaba rend hommage à Georges Taï Benson, figure emblématique de la télévision et de la culture ivoiriennes, récemment décédé.

Dans un témoignage empreint d’émotion, Sidiki Bakaba revient sur plus de six décennies d’amitié, depuis leur rencontre à Abidjan en 1963 jusqu’aux derniers échanges entre les deux hommes.

« À toi, cher Georges T. Benson, toi que j’appelais “ÉéFou” », écrit-il en ouverture de son hommage.

Une rencontre en 1963 à l’École nationale d’art dramatique

Sidiki Bakaba raconte leur première rencontre en 1963, à Abidjan, alors qu’ils faisaient leurs premiers pas à l’École nationale d’art dramatique, située face à l’actuel Institut français.

Les deux jeunes hommes y suivent notamment des cours du soir destinés aux futurs comédiens, mais aussi aux professionnels de l’oralité, parmi lesquels des gens de radio et des avocats.

Leurs parcours sont alors différents. Georges Taï Benson est un enfant d’Abidjan, tandis que Sidiki Bakaba arrive de son Indénié natal. Mais une même passion les rapproche : le théâtre.

« Ta mémoire légendaire n’a jamais oublié, j’en suis sûr, nos exigeants cours de diction, synonyme de courtoisie de l’acteur », écrit le comédien.

L’école leur fait notamment découvrir, sur disques vinyles, les voix de grands acteurs de la Comédie-Française tels que Gérard Philipe, Jean Vilar, Maria Casarès et Robert Hirsch.

« Tu me disais toujours : on peut faire autant qu’eux et même mieux ! Sacré farceur, va ! », se souvient Sidiki Bakaba.

Les premiers pas sur les planches et à la télévision

Les deux jeunes passionnés mettent rapidement leur apprentissage en pratique. Ils interprètent notamment des extraits de pièces du théâtre classique français à la Télévision nationale, alors unique chaîne ivoirienne, qui émettait en noir et blanc de 19 heures à 22 heures.

Sidiki Bakaba garde particulièrement en mémoire leur première grande représentation de « Un nommé Judas », de Pierre Bost, à l’Hôtel de Ville du Plateau.

Georges Taï Benson y interprétait Judas, aux côtés de Danielle Boni dans le rôle de Léa.

« Tu n’avais pas encore 20 ans et tu assurais de façon magistrale ce personnage mythique », témoigne-t-il.

De la radio à la télévision

Le parcours de Georges Taï Benson prend ensuite une nouvelle dimension lorsqu’un instructeur français chargé de former de jeunes cadres de la radio remarque son talent.

Il quitte alors l’École nationale d’art dramatique pour suivre une formation à l’OCORA-Radio France.

Deux ans plus tard, il revient en Côte d’Ivoire et s’impose comme une personnalité majeure de la télévision.

Sidiki Bakaba évoque également la naissance de la nouvelle maison de la RTI à Cocody, à laquelle il assiste aux côtés notamment de Bienvenu Néba et d’Atawa, disparu récemment.

La nouvelle maison est inaugurée avec « La Création du Monde », de Bohumil Holas.

Georges Taï Benson devient alors l’une des figures incontournables de la RTI, où il fait preuve d’une grande polyvalence : animateur de divertissements, journaliste sportif et présentateur de journal.

« Les Guérisseurs », une autre page de leur histoire

Leur histoire commune se poursuit en 1987 avec le tournage du premier film de Sidiki Bakaba, « Les Guérisseurs ».

Compte tenu de l’importance du budget et de la nécessité de réunir une tête d’affiche, le réalisateur pense immédiatement à son ancien compagnon de théâtre.

Les producteurs Alain Deupardieu et Ayala Bakaba approuvent le choix. Georges Taï Benson rejoint ainsi une distribution comprenant notamment Pierre-Lou Rajo, Nayanka Bell, Alpha Blondy, Salif Keïta et Mori Traoré.

Sélectionné au Hollywood Film Festival, le film reçoit un accueil favorable, notamment du journal Variety et de la critique Deborah Young, qui salue l’interprétation de Georges Taï Benson.

Des projets encore évoqués peu avant sa disparition

Dans son témoignage, Sidiki Bakaba révèle également que les deux hommes échangeaient encore récemment.

Georges Taï Benson avait notamment appris avec bonheur que Sidiki Bakaba était en discussion avec le ministère ivoirien de la Culture autour de la restauration de « Les Guérisseurs », considéré comme un film du patrimoine cinématographique ivoirien.

Les deux amis rêvaient déjà d’une projection officielle et même de remonter ensemble sur scène.

« Tu m’avais promis de relever ce défi », écrit Sidiki Bakaba.

Mais le projet ne verra pas le jour.

« Mais “ÉéFou”, c’est au Paradis, très sûrement, que tu joues ton nouveau rôle », écrit-il dans une ultime adresse à son ami.

Avant de conclure :

« Repose en paix, mon éternel ami, magnifique Artiste. Toutes mes sincères condoléances à ta famille éplorée. »

À travers ce témoignage, Sidiki Bakaba fait ainsi revivre une longue histoire d’amitié, de théâtre, de télévision et de cinéma, qui aura accompagné plusieurs décennies de la vie culturelle ivoirienne.

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