El Niño 2026-2027: l’Afrique se prépare à un épisode climatique potentiellement exceptionnel

Sécheresses, fortes chaleurs, pluies excessives et inondations : plusieurs régions africaines pourraient être confrontées à des conditions météorologiques difficiles au cours de la saison 2026-2027. Selon les dernières prévisions de la NOAA américaine, un épisode El Niño particulièrement intense est en formation dans le Pacifique.

L’Afrique pourrait connaître une saison climatique mouvementée. Les dernières prévisions de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis indiquent qu’El Niño se renforce et qu’il existe une probabilité supérieure à 90 % qu’il atteigne une intensité très élevée durant l’automne et l’hiver 2026-2027 dans l’hémisphère Nord.

Entre octobre et décembre, la probabilité que l’épisode dépasse en intensité tous ceux enregistrés depuis 1950 est estimée à 69 %.

Pour autant, les conséquences ne seront pas uniformes sur le continent. L’Afrique australe pourrait être davantage exposée à la sécheresse et aux températures extrêmes, tandis que certaines régions d’Afrique de l’Est pourraient connaître des précipitations supérieures à la normale et un risque accru d’inondations.

Un « super El Niño » qui n’est pas une classification scientifique

Le Dr Henno Havenga, maître de conférences en climatologie à l’École des sciences géographiques et spatiales de la North-West University (NWU), rappelle que l’expression « super El Niño », souvent utilisée dans le débat public, ne constitue pas une classification scientifique officielle.

Elle désigne généralement un épisode El Niño exceptionnellement intense.

Le phénomène apparaît lorsque les eaux du centre et de l’est du Pacifique équatorial deviennent anormalement chaudes et que la circulation atmosphérique au-dessus de cette région se modifie. Ces changements peuvent ensuite influencer les régimes météorologiques à plusieurs milliers de kilomètres du Pacifique, à travers ce que les climatologues appellent des téléconnexions.

Mais l’intensité d’El Niño ne permet pas de prédire précisément les conditions météorologiques de chaque pays ou de chaque région.

« Un épisode El Niño très intense ne garantit pas des conditions extrêmes partout », souligne le Dr Havenga. La variabilité météorologique locale continue de jouer un rôle important, même si un épisode particulièrement puissant peut accroître la probabilité ou l’intensité de certaines conditions habituellement associées au phénomène.

L’Afrique australe face au risque de sécheresse

Dans une grande partie de l’Afrique australe, El Niño est généralement associé à une diminution des précipitations et à des températures plus élevées.

La chaleur peut aggraver les conséquences de la sécheresse en accélérant l’évaporation et en augmentant les besoins en eau des cultures, du bétail et des populations au moment même où les réserves diminuent.

La situation pourrait être différente dans certaines parties de l’Afrique de l’Est, où El Niño peut favoriser des précipitations supérieures à la normale.

Le risque est alors celui d’inondations susceptibles d’endommager les habitations, les routes et les ponts, mais aussi de contaminer les ressources en eau et de provoquer le déplacement de populations.

À l’échelle locale, le calendrier des pluies sera déterminant. Des précipitations trop tardives, mal réparties ou concentrées en épisodes violents peuvent avoir des conséquences très différentes de pluies régulières et bien réparties.

« Le moment où les pluies surviennent, leur répartition et leur intensité peuvent, à l’échelle locale, amplifier ou atténuer les effets habituellement associés à El Niño », explique le Dr Havenga.

Agriculture, alimentation et revenus sous pression

L’agriculture figure parmi les secteurs les plus exposés. Une baisse des récoltes peut réduire la disponibilité des denrées alimentaires, fragiliser les revenus ruraux et entraîner une hausse des prix.

Les échanges internationaux peuvent permettre à certains pays de compenser une partie des pertes locales, mais ils ne constituent pas une protection absolue. Les importations restent exposées aux cours mondiaux des matières premières, aux taux de change, aux coûts du transport et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement.

Les petits exploitants et les agriculteurs de subsistance sont particulièrement vulnérables.

« Un producteur commercial peut avoir accès à une assurance, à des financements, à l’irrigation ou à d’autres marchés », explique le Dr Havenga. Pour un petit exploitant, la perte d’une récolte peut signifier à la fois la disparition d’une source de nourriture et celle du revenu nécessaire aux dépenses du ménage.

Une même sécheresse peut donc provoquer simultanément une crise alimentaire et une crise des revenus.

L’eau, un autre point de tension

L’approvisionnement en eau constitue une autre préoccupation majeure.

Des températures élevées et un temps plus sec peuvent accroître la demande tout en réduisant les volumes disponibles dans les cours d’eau, les barrages et les nappes exploitées par les forages.

Pour le Dr Havenga, les collectivités locales doivent notamment réduire les pertes d’eau dans les réseaux existants.

« La réduction des fuites et des pertes inutiles dans les infrastructures hydrauliques existantes est l’une des mesures les plus pratiques dont nous disposons », estime-t-il.

Il appelle également les différents usagers à adopter une utilisation plus économe de la ressource.

Santé, énergie et écosystèmes également exposés

Les conséquences d’un épisode El Niño intense pourraient dépasser largement les secteurs de l’agriculture et de l’eau.

Les fortes chaleurs peuvent notamment affecter les personnes travaillant à l’extérieur, les personnes âgées, les enfants et les personnes souffrant de maladies chroniques.

La sécheresse peut également peser sur la qualité de l’eau, l’assainissement et la nutrition. À l’inverse, les inondations peuvent contaminer les sources d’eau et favoriser certaines maladies.

Le secteur énergétique pourrait lui aussi être affecté. Les pays fortement dépendants de l’hydroélectricité pourraient voir leur production diminuer si les précipitations baissent et que le niveau des barrages recule. Dans le même temps, la hausse des températures pourrait accroître la demande en électricité pour la climatisation.

Les écosystèmes sont également vulnérables. La sécheresse peut réduire la végétation, assécher les zones humides et les cours d’eau, augmenter le risque d’incendies et accentuer la compétition entre les animaux sauvages pour l’eau et la nourriture.

« Nous devons mettre cet avertissement à profit »

Les effets d’El Niño ne sont toutefois pas une fatalité. L’amélioration des systèmes de prévision et d’alerte permet aux gouvernements, aux collectivités et aux agriculteurs de se préparer en amont.

Le Dr Havenga recommande notamment aux agriculteurs de réexaminer leurs calendriers de plantation, leurs choix de variétés, leur utilisation de l’eau, leurs objectifs de production et leurs dépenses en intrants.

Les gouvernements et les collectivités locales sont également appelés à anticiper : entretien des infrastructures hydrauliques, préparation des dispositifs de sécurité alimentaire, renforcement des mécanismes d’intervention et anticipation des éventuels besoins d’aide aux populations vulnérables.

« La sécheresse est un phénomène à évolution lente », rappelle le climatologue. Ses effets peuvent d’abord sembler limités avant de s’installer progressivement.

Mais cette évolution lente constitue aussi une opportunité pour agir.

« L’avantage dont nous disposons est que les systèmes d’alerte précoce nous permettent de parler de ce phénomène depuis le mois de mai », souligne le Dr Havenga.

Pour lui, l’enjeu est désormais de transformer cette alerte en mesures concrètes afin de réduire l’exposition des populations et des économies africaines à une saison potentiellement difficile.

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