L’Institut de Cardiologie d’Abidjan (ICA) célèbre ses 50 ans. Une longévité qui mérite d’être saluée, mais qui pose aussi une question essentielle : après un demi-siècle de prise en charge des maladies cardiovasculaires, combien de patients ont été sauvés, combien sont décédés et quelles sont les causes de ces décès ?
Les festivités du cinquantenaire de l’Institut de Cardiologie d’Abidjan débutent ce mardi 29 septembre 2026 au Centre hospitalier universitaire de Treichville. Une campagne de consultations gratuites consacrées aux maladies cardiovasculaires est notamment organisée à cette occasion.
L’initiative est louable. Elle permet de remettre la prévention et le dépistage au cœur du débat, alors que les maladies cardiovasculaires constituent un enjeu majeur de santé publique.
Mais un anniversaire institutionnel peut également être l’occasion de regarder dans le rétroviseur.
Cinquante ans, mais quel bilan chiffré ?
Depuis son inauguration le 24 novembre 1976, l’ICA s’est imposé comme un établissement majeur de la cardiologie en Côte d’Ivoire et dans la sous-région ouest-africaine.
Mais où sont les chiffres consolidés des cinquante dernières années ?
Combien de patients ont été reçus ? Combien ont été opérés ? Combien ont survécu à des pathologies qui auraient pu leur être fatales sans une prise en charge spécialisée ? Combien sont décédés à l’hôpital ? Dans quelles circonstances ?
Ces questions ne visent pas à remettre en cause le travail des médecins et du personnel soignant. Elles relèvent au contraire d’une exigence élémentaire de transparence et d’évaluation d’un établissement public de référence.
Les données scientifiques disponibles montrent que l’ICA produit bien des données médicales et épidémiologiques. Une étude publiée en 2026, portant sur les syndromes coronariens aigus entre 2019 et 2023, a ainsi analysé 661 patients admis pour ce type de pathologie parmi 3 302 admissions en réanimation cardiovasculaire.
Une autre étude consacrée aux urgences hypertensives à l’ICA, portant sur la période 2020-2021, rapporte 35 décès sur 308 patients admis pour cette pathologie, soit 11,36 %. L’étude précise également que les urgences hypertensives représentaient 3,27 % des admissions aux urgences durant la période étudiée.
Ces chiffres sont précieux. Mais ils ne constituent évidemment pas le bilan des cinquante années d’existence de l’Institut.
Et les erreurs médicales ?
Une autre question, plus sensible, mérite également d’être posée : combien de décès ont été attribués à une complication médicale, à une erreur de diagnostic, à une erreur thérapeutique ou à une faute médicale ?
Sur ce point, les données publiques consultées ne permettent pas de répondre.
Il serait donc imprudent d’affirmer que des patients sont « morts par erreur médicale » sans disposer de dossiers médicaux, d’expertises, de décisions disciplinaires ou judiciaires permettant d’établir une telle responsabilité.
Mais l’absence de données publiques accessibles pose elle-même une question : existe-t-il, au niveau de l’ICA ou du système sanitaire ivoirien, un dispositif permettant de comptabiliser et d’analyser systématiquement les événements indésirables graves, les complications liées aux soins et les décès potentiellement évitables ?
La question est d’autant plus importante qu’un établissement médical de référence ne doit pas seulement mesurer son activité. Il doit aussi pouvoir mesurer ses résultats, ses complications et ses marges d’amélioration.
Des vies sauvées dont il faudrait aussi parler
Le bilan ne devrait évidemment pas être uniquement celui des décès.
L’ICA revendique cinq décennies de prise en charge, de formation, de recherche et d’innovation. Son directeur général, le professeur Kramoh Kouadio Euloge, a récemment souligné l’ambition de faire de l’Institut un véritable hub sanitaire régional et de renforcer sa capacité à prendre en charge les maladies cardiovasculaires en Côte d’Ivoire.
En 2026, l’Institut continue par ailleurs à développer des techniques de pointe. Il a notamment annoncé les premières implantations en Côte d’Ivoire de stimulateurs cardiaques sans sonde, réalisées dans le cadre des Journées Africaines de Cardiologie Interventionnelle.
Le bilan du cinquantenaire devrait donc comporter les réussites comme les difficultés, les vies sauvées comme les décès, les progrès comme les insuffisances.
L’heure du bilan
Cinquante ans après sa création, l’ICA dispose d’une histoire suffisamment longue pour permettre un véritable travail rétrospectif.
Un bilan transparent pourrait notamment répondre à quelques questions simples :
Combien de patients ont été pris en charge depuis 1976 ? Combien d’interventions ont été réalisées ? Quel est le taux de mortalité selon les principales pathologies et interventions ? Combien de complications graves ont été enregistrées ? Combien d’événements indésirables ont fait l’objet d’une analyse ? Combien de plaintes pour faute médicale ont été enregistrées et quelles suites leur ont été données ?
Sans ces données, une partie de l’histoire de l’Institut restera difficile à mesurer.
Combien de personnes y sont décédées ? Combien ont été sauvées ? Combien de décès étaient inévitables et combien auraient éventuellement pu être évités ?
Pour certaines de ces questions, les réponses existent probablement dans les archives médicales de l’établissement. Pour d’autres, elles nécessiteraient une véritable étude rétrospective.
Mais après cinquante ans, une chose paraît certaine : le cinquantenaire de l’Institut de Cardiologie d’Abidjan ne devrait pas être seulement l’occasion de célébrer son passé. Il peut aussi être l’occasion d’en établir, chiffres à l’appui, le véritable bilan médical.





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