Sidiki Bakaba : quinze ans après la crise de 2011, le combat pour la restitution de ses biens se poursuit

Depuis la crise postélectorale de 2010-2011, Sidiki Bakaba affirme ne pas avoir retrouvé la pleine jouissance de ses biens en Côte d’Ivoire. Quinze ans après les événements, un comité de soutien réclame leur restitution ainsi que la réhabilitation de l’une des grandes figures du cinéma et du théâtre ivoiriens.

Le dossier Sidiki Bakaba refait surface. Près de quinze ans après la crise postélectorale ivoirienne, l’acteur, réalisateur et metteur en scène continue de réclamer la restitution de ses biens et la reconnaissance de ses droits.

La mobilisation est aujourd’hui portée notamment par Lobad De Lakota, cinéaste et scénariste, chargé de projets à Babiwood Académie et porte-parole du comité de soutien aux artistes et du Fan Club de Sidiki Bakaba en Côte d’Ivoire.

Dans une interview accordée au journaliste Claude Dassé Zahui, publiée par Afrikipresse le 18 septembre 2026, Lobad De Lakota a réaffirmé la volonté du comité d’obtenir la restitution des biens de Sidiki Bakaba. Il a également annoncé une démarche destinée à mobiliser davantage l’opinion publique autour de ce dossier.

Une situation qui remonte à la crise de 2011

Le parcours de Sidiki Bakaba a été étroitement lié à l’histoire culturelle et politique récente de la Côte d’Ivoire. Nommé directeur général du Palais de la Culture d’Abidjan au début des années 2000, il avait été choisi par Laurent Gbagbo pour diriger cette institution culturelle. Le Monde rapportait en 2002 que Bakaba considérait cette responsabilité comme une occasion de servir son pays.

Au moment de la crise postélectorale de 2010-2011, son engagement aux côtés de Laurent Gbagbo l’a placé au cœur d’une période particulièrement sensible. En avril 2011, alors que les forces pro-Ouattara progressaient vers la résidence présidentielle, Bakaba se trouvait auprès de Laurent Gbagbo. Il avait alors livré son témoignage sur les derniers jours précédant l’arrestation de l’ancien président.

Après les événements, Sidiki Bakaba a quitté la Côte d’Ivoire. Dans plusieurs déclarations publiques, il a cependant contesté l’idée d’un exil volontaire et expliqué avoir été évacué vers la France pour des raisons sanitaires.

« Je demeure un SDF dans mon propre pays »

Dans une interview accordée au Patriote, publiée en 2025, Sidiki Bakaba expliquait que sa situation n’avait pas été rétablie depuis 2011.

« Depuis 2011, je demeure un SDF dans mon propre pays », déclarait-il, affirmant que sa maison et ses biens avaient été spoliés. Il indiquait également ne disposer ni de domicile ni d’espace théâtral en Côte d’Ivoire.

L’artiste expliquait avoir entrepris plusieurs démarches auprès des autorités ivoiriennes. Il évoquait notamment des démarches auprès de l’ancien ministre de la Réconciliation nationale, Kouadio Konan Bertin, ainsi que des interventions auprès de la présidence de la République.

Selon son témoignage, ces démarches n’auraient cependant pas permis de rétablir ses droits.

Il faisait également état de la non-activation de son décret d’ambassadeur culturel.

Maison, équipements professionnels et archives

Les revendications ne portent pas uniquement sur un logement.

Des publications consacrées à la situation de l’artiste évoquent également la perte ou la détérioration de matériel professionnel, d’archives et d’équipements liés à ses activités cinématographiques et théâtrales. Une publication consacrée à son parcours évoque ainsi une maison ainsi que du matériel de cinéaste et d’homme de théâtre qui auraient été endommagés, brûlés ou volés.

Il convient toutefois de distinguer ces déclarations et revendications des décisions judiciaires ou administratives établissant précisément le statut actuel de chacun de ces biens.

Une revendication qui revient dans le débat public

Le comité de soutien veut désormais donner une nouvelle visibilité au dossier.

Lobad De Lakota souhaite notamment organiser un mini-point de presse, puis une conférence de presse afin de sensibiliser davantage l’opinion publique et de faire connaître les revendications concernant la restitution des biens de Sidiki Bakaba et son retour dans la vie culturelle ivoirienne.

Dans son message, le porte-parole présente également son action comme une démarche visant à permettre à Sidiki Bakaba de retrouver sa place de « gardien du temple de la culture ivoirienne et africaine ».

Cette mobilisation intervient alors que Sidiki Bakaba continue de participer à certaines activités culturelles liées à la Côte d’Ivoire. En 2026, il était notamment présent lors de la restitution en France du tambour parleur Djidji Ayôkwè, événement auquel la ministre ivoirienne de la Culture Françoise Remarck avait également pris part.

Une question de réconciliation

Au-delà de la question patrimoniale, le dossier pose celle de la réconciliation après la crise postélectorale.

Sidiki Bakaba avait lui-même lancé, dès 2012, un appel au pardon et à la réconciliation. Dans son entretien au Patriote, il rappelait que, malgré ses désaccords et les événements qui l’ont conduit hors de Côte d’Ivoire, il souhaitait continuer à transmettre son expérience aux jeunes générations.

Son cas reste ainsi emblématique d’une question plus large : comment rétablir les droits des personnes ayant subi des pertes matérielles ou professionnelles dans le contexte de la crise de 2010-2011, indépendamment de leurs appartenances politiques ?

Le gouvernement ivoirien avait d’ailleurs engagé, dès 2013, un processus de rétrocession de certains sites publics et privés occupés illégalement après la crise, en présentant cette opération comme une contribution à la réconciliation nationale.

Pour le comité de soutien à Sidiki Bakaba, le dossier reste donc ouvert. Il réclame aujourd’hui la restitution des biens de l’artiste, mais aussi sa pleine réhabilitation et son retour durable dans le paysage culturel ivoirien.

Après quinze années, le « gardien du temple » attend toujours, selon ses soutiens, que son dossier trouve une issue.

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